Le bel âge

    Le bel âge Réflexions à propos du livre de Régis Debray             chez       Flammarion

Avant de commencer je voudrais souligner le fait qu’en  souhaitant acheter ce livre,  plusieurs livres me furent présentés sous ce titre ce qui prouve, si besoin était, que ce sujet inspire et a son importance. Commenter ce petit livre (108 pages) relève de la gageure car il s’agit d’un florilège de réflexions sur «  la symbolique des âges ». L’ouvrage pose de vraies questions sur les rapports de l’homme avec le temps. L’auteur le fait avec beaucoup d’humour et d’ironie ; Formules-choc, prenant ses exemples aussi bien dans la littérature classique que dans l’actualité la plus récente, c’est parfois à hurler de rire malgré une franche propension à aller chercher des mots un brin précieux.  L’avertissement est le portrait d’un jeune devenu vieux et qui veut rester dans le coup en se connectant, en s’inscrivant aux cours de globish !!!

 Se faisant rabrouer par un psy, il se souvient soudain d’un vers de Victor Hugo :

                    « Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,

                       mais dans l’œil  du vieillard on voit de la lumière.  »

Sur la quatrième de couverture, Régis Debray commence par poser la question : «  Un pays frileux et à l’âme vieillissante est-il condamné au culte de la jeunesse ? » En effet la jeunesse est un bien rare puisque l’on vit vieux plus longtemps que l’on ne reste jeune. Mais à partir de quel moment se sent –on vieux ?

Geluck vieux et jeunes

Geluck: vieux et jeunes

La nostalgie de la jeunesse n’existe que lorsqu’on prend conscience  de ce qu’elle n’existe plus. Anxiété de la ride et du cheveu blanc : Tout sauf cela, même si cela a un coût parfois exorbitant, même s’il y a un risque à se retrouver avec un visage figé après un ravalement de façade raté ! La vie au grand air tanne la peau de nos paysans, de nos navigateurs et de tous les ouvriers qui travaillent en plein air mais comme le souligne l’auteur « Le visage buriné de l’homme  devient visage  fripé d’une femme. Considération pour l’un, compassion pour l’autre : pure injustice »  Les cheveux blancs donnent de la prestance à l’homme mais chez la femme…

 L’important est de rester dans le coup mais jusqu’à quel point?

 Faut-il vraiment faire table rase du passé, ne plus s’intéresser qu’aux nouveautés. L’expérience d’une vie ne peut-elle servir à personne ?  Il faut être moderne, parler moderne, truffer sa conversation d’anglicismes (parler de challenge plutôt que de défi,  de brainstorming plutôt que de réflexion et la liste s’allonge tous les jours.

Dans un autre domaine, ce sont les vieux qui ont l’argent et qui,  pour faire jeune, s’extasient parfois devant le néant de l’art contemporain. C’est la complaisance du senior qui veut montrer qu’il comprend les jeunes dans leurs revendications sociales et esthétiques et c’est le renoncement du senior  à la transmission de ce qu’il concevait comme Beau.

 Et si avec l’âge et la maturité nous jouissions d’une seconde jeunesse, s’accompagnant «  d’un retour aux sources vitales de la clairvoyance » ?

 L’âge adulte ne serait-il pas celui où on commence à penser par soi-même, par prendre du recul par rapport aux nouvelles formes de penser. Par exemple, écrit Régis Debray «  un score s’enregistre et ne se discute plus…C’est  le triomphe du fait et du chiffre….La critique littéraire s’aligne sur la liste des meilleures ventes, le philosophe sur l’animateur …A trop vouloir saisir au vol ce qui se passe, sait-on encore au  fond ce qui se passe ? Une ineptie devient sagace à 51% de bonnes opinions…

Le présent ne saurait être le seul modèle, chacun doit avoir sa place,  le jeune et le vieux. Au Japon le « trésor national octogénaire fait bon ménage avec le high- tech dernier cri.

Ne devrions-nous pas rechercher cet équilibre entre jeunesse et vieillesse ?

Du passé ne faisons pas table rase et sachons reconnaître ce que les Anciens nous ont appris. «Il n’est pas d’avenir plausible sans une poétique du passé » ni un futur sans imparfait. « Une idée ne devient force matérielle qu’en se fondant en réminiscences et en retours d’images ». La  culture, ne serait-ce pas converser avec ceux qui nous ont précédé?  Laurent Lafforgue constate  «  le manque de considération de notre société pour l’étude et le savoir » et est d’avis que « ne plus enseigner correctement la langue et ne plus nourrir  les esprits par la fréquentation des grands auteurs du passé est pire que la censure… »

« Tous les matins,  l’humanité avance un peu plus dans la connaissance, et, toutes les nuits, elle régresse dans ses rêves et ses désirs ….Une culture, religieuse ou non, n’est jamais obsolète ; une technique sera désuète un jour, nécessairement. Le tracteur est indifférent à la charrue mais nous dialoguons avec Ronsard ou Pascal…. »  écrit Régis Debray

Maître-mot : modernité.

 Méfions- nous de cette« colonisation des mentalités » comportement nord-américain : on se tutoie, on s’embrasse, on s’appelle par son prénom sans même se connaître mais ce n’est pas une preuve d’amitié, c’est simplement une façon d’être moderne, d’être dans le coup. Or le rétro revient au galop. Que l’on songe à la mode écolo qui vante les bienfaits du naturel, que l’on pense aux robes  vintage qu’arborent des actrices célèbres pour gravir les marches du festival de Cannes.

 Et Régis Debray de conclure « Il n’y a jamais de nouveau,  il n’y a que des renouveaux …Personne n’est le premier, nous sommes tous de seconde main…On ne transmet que ce que l’on transforme…c’est en oubliant qu’on répète et c’est en se souvenant qu’on invente… »

  «  La bonne nouvelle de l’éternel retour est là : tout est recommencement, et rien ne recommence comme par devant. Voilà qui fait aventure de chaque chemin de vie .Nouvel amour, nouvelle jeunesse…  »Avec l’âge, on se rend compte que l’essentiel, c’est l’amour, celui que l’on donne et celui que l’on reçoit.

  Mille sabords !

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