Contexte historique de la résistance armée des Cristeros

Préambule.

carteC’est la prochaine diffusion,  en France,   du film mexicain « La Cristiada » qui m’incite à parler ici d’une période de l’histoire du Mexique très mal connue, la période de la dite révolution mexicaine qui a sévi, disons de 1911 à 1934 et dont les lois régissent encore le Mexique contemporain…Pourquoi est-elle si méconnue ? Pendant soixante dix ans il y a eu une véritable omerta sur cette période tant de la part du gouvernement officiel mexicain que de la part de l’ Eglise dont l’attitude n’a pas été des plus glorieuses, très malheureusement. Il aura fallu un pape, venu tout droit d’un pays communiste,  pour que le dossier de cette période sorte de l’ombre. Il s’agit du pape Jean Paul II qui après son premier voyage au Mexique,  en 1979,  a commencé à béatifier un certain nombre de « Cristeros » martyrisés à cause de leur Foi,  sous la présidence de Plutarca Calles et qui,  en 2005,  a béatifié le grand penseur Anacleto Gonzalez Flores, assassiné lui aussi,  pour avoir résisté au gouvernement  pour  défendre la liberté des chrétiens opprimés.

Contexte politico- historique de la Cristiada

Jusqu’en 1911, le Mexique a vécu sous la dictature de Porfirio Diaz. A sa chute, le pays sera gouverné par une succession de présidents , Madero,  Carranza,  Obregon , Calles, Portes Gil ,tous d’inspiration marxiste. Ce sont pour la plupart des militaires, francs-maçons, antichrétiens. Cette période recouvre une trentaine d’années au cours desquelles le petit peuple mexicain, le clergé et les catholiques en général , au nom de la révolution en marche, eurent à subir les pires des persécutions qui rappellent tristement  la Terreur et les colonnes infernales de la célèbre Révolution française.

L’esprit libéral, inspiré de la révolution française,  s’était infiltré au Mexique dès les premiers jours de son indépendance. Puis vint le protestantisme d’Amérique du nord qui donnait de grosses sommes aux gouvernements en place, l’objectif des USA étant de subtiliser au Mexique les immenses territoires du nord du Rio Bravo (californie, Texas, New Mexico, Arizona)

Le Mexique avait quitté l’Espagne catholique pour tomber dans les griffes des USA protestants et maçons dont les consignes étaient, comme il l’avait été dit au congrès international de Buenos- Aires en 1906, d’éradiquer le catholicisme de l’Amérique hispanique en commençant par le Mexique.

Des années plus tard, en 1927,  sous la présidence de Calles, le docteur Robert Greenfiel, dans une conférence panaméricaine réunie à Cuba, après avoir déclaré que Protestants et Maçons étaient unanimes pour exterminer le catholicisme, ajoute: « et de plus, nous,  les Nord Américains, avons toujours cru que la religion catholique est un obstacle incontournable pour la fusion de tous les pays d’Amérique »

CristerosCes quelques considérations montrent bien l’alliance entre les courants marxistes, libéraux, protestants et maçons pour venir à bout d’un pays profondément catholique.

Dés 1917, le président de l’époque,  Carranza,  change la Constitution du Mexique qui devient fondamentalement anti religieuse. Mais c’est sous la présidence de Plutarca Calles en 1924 que tous les articles de cette constitution sont mis en application dans toute leur ampleur. En janvier 1926, ce même  Calles obtint des pouvoirs énormes qui lui permirent de réformer le Code Pénal en matière religieuse et en juin il promulgua « la loi Calles » de 33 articles d’où il ressort que l’ Eglise n’a plus de personnalité légale aux yeux de l’ Etat mexicain.

L’ Eglise et les catholiques vont essayer de résister le plus possible d’une manière pacifique. Un groupe de jeunes catholiques va créer, en mai 1926  «  la Liga » soit  la  ligue de la défense de la liberté religieuse. Le Mexique catholique organise des cérémonies pénitentielles, des processions, des manifestations, adresse des pétitions au Congrès pour l’abrogation des lois antireligieuses. Les chrétiens de l’Action Catholique de la Jeunesse du Mexique (ACJM), bras militant de «  la Liga », vont réunir en quelques jours deux millions de signatures. En septembre 1926, le président de la chambre des députés fera répondre qu’il n’a rien reçu, (ça ne vous rappelle rien ? ) La Ligue organise aussi  le boycott de tout ce qui est monopole d’Etat, boycott qui va être très bien suivi : plus personne ne prend les transports publics,  ne va au théâtre, n’achète de denrées dans des magasins d’état ou notoirement maçonniques. Les persécutions se poursuivent de plus belle. L’Eglise prêche la patience.

 Lorsque Calles, en juillet 1926, exige l’enregistrement des prêtres et leur interdit tout prosélytisme, l’Eglise essaie encore de discuter avec Calles qui ne cède sur rien. C’est seulement après avoir reçu de Rome une condamnation sans appel de la dite Loi, que l’Episcopat décide de suspendre le culte public au Mexique le 31 juillet 1926 .  Tout se fera désormais dans des lieux privés, ainsi les prêtres resteront libres vis-à-vis du gouvernement. Et le peuple décide d’engager une résistance armée, là aussi avec l’aval de Rome. Mais les évêques, à part une minorité, au lieu d’inciter leurs prêtres à entrer dans la clandestinité et à rester près du peuple, leur demandent de venir à Mexico célébrer dans des chapelles privées. De nombreux prêtres obtempèrent par « obéissance » contre leur gré, les évêques leur disant que s’ils n’obéissent pas ce serait désobéir au Pape. Seuls, une centaine d’entre eux, iront offrir leur vie aux côtés des combattants.                                                                            Cette résistance armée va durer trois ans. Trois ans de combats, de sacrifices, d’héroïsme de tout un peuple qui veut vivre sa Foi au Christ. Trois ans au cours desquels de nombreux Cristeros seront martyrisés, torturés, assassinés par des Fédéraux qui, au cri de  « viva el demonio », commettent les pires sacrilèges et les pires exactions.

Les « arreglos » (les accords)

Cette guerre, au moment où elle allait être gagnée sur le terrain, va être sabordée par un accord fait entre d’une part une Eglise préoccupée de retrouver la paix, (en fait deux évêques signeront  sur trente-huit à peine informés ) et d’autre part le président Calles , aux ordres du gouvernement des USA qui veut récupérer l’argent de sa dette et a tout intérêt à ce que le conflit armé cesse. Dans cet accord Calles ne cède rien et l’Eglise n’obtient que la réouverture des lieux de culte qui, il faut le préciser avaient été fermés par Elle. Il faut rappeler aussi que cette Cristiada avait eu lieu pour manifester un « Non possumus » devant les lois antireligieuses. Or dans les « arreglos «  de 1929, la loi n’a pas été modifiée d’un iota . C’est ainsi que ce « Modus vivendi » a été en fait un  » modus moriendi » pour les Cristeros qui, malgré l’assurance dans l’accord de ne pas être poursuivis, ont continué à être massacrés pendant des années .  Il est intéressant de noter que dans le Mexique actuel les prêtres n’ont pas le droit de porter la soutane .

Pour connaitre plus amplement cette période, je conseille à tous les lecteurs francophones kéralyle très beau livre d’Hugues Kéraly  » la véritable histoire des Cristeros  »  paru aux éditions de l’Homme nouveau. Ils prendront connaissance de cette Cristiada avec tout leur être tant ce livre est fait de chair, de sang et d’âme. Merci à M. Kéraly de nous faire vivre en communion avec tous ces humbles oubliés de l’Histoire.

Pour ceux qui comprennent l’espagnol. Il existe une importante bibliographie sur le sujet :

Je citerai les énormes travaux de Jean Meyer, universitaire Français qui vit au Mexique.

Une thèse importante du Padre Javier Olivera, soutenue devant ce même Jean Meyer, en novembre 2013 à l’Université de Mendoza

Et le livre  « La Gesta de los Cristeros «  du Père Alfredo Saenz, paru en 2012 à Buenos Aires aux « ediciones Gladius ». Excellent livre historique très bien documenté sur l’histoire du Mexique depuis l’indépendance jusqu’à la fin de la Cristiada qui m’a servi pour mon travail sur le rôle des femmes dans La Cristiada, sujet d’un autre article sur ce site.

Il existe bien sûr beaucoup d’autres livres sur ce sujet en langue espagnole, édités au Mexique.

Analphabète

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