Petites scènes capitales

C’est le dernier roman de Sylvie Germain paru chez Albin Michel

S-GERMAINCe titre sent l’oxymore car comment ce qui est petit  peut être capital.

En fait ces scènes sont capitales car comme les peines du même nom, elles tranchent le cours normal des choses, elles mettent un terme à ce qui existait avant. Elles peuvent être grandes ou petites et les petites peuvent avoir autant d’importance que les grandes car elles ont marqué durablement la mémoire de l’héroïne de ce roman qui s’appelle Lili. Enfin, Lili pour les uns et Barbara pour les autres. Un jour son père lui dit que Barbara était une erreur et Lili se demande: « Et si l’erreur c’était moi ».

Et c’est bien la question qui taraude cette petite fille qui grandit sans sa maman disparue en mer trois ans après avoir abandonné son foyer. Quand son père se remarie, il lui offre une vraie vie de famille, même si la question demeure jusqu’au jour où tout est remis en cause à nouveau.

Sylvie Germain dans une très belle langue, fluide et riche nous entraine de tableau en tableau, une cinquantaine, dans l’univers de Lili. Ce n’est pas simple de construire quelque chose de durable quand on a toujours douté d’être aimée vraiment, même si Lili devient Barbara. Mais Lili -Barbara sait s’émerveiller et c’est sans doute ce qui la sauvera. Elle sait regarder, admirer, un arbre, un paysage, des gens qu’elle ne connait pas mais qui sont comme elle, dans ce monde, en même temps qu’elle.

Comme dans tout roman moderne on n’échappe ni à la petite scène érotique ni à la petite piqure de rappel: « n’oublions jamais les horreurs de la Shoah » mais on y trouve aussi, et c’est rare, des préoccupations spirituelles, pas de Lili elle-même, athée convaincue, mais de Paul, qui donnera sa vie au Christ. On y trouve aussi l’accueil d’un enfant « différent », très diminué physiquement et qui sera très aimé, ce qui est encore plus rare.

Une histoire qui vous saisit et qui ne vous lâche plus, de ces romans qu’on a envie d’offrir à celles qui ont un long voyage à effectuer ou des journées d’hôpital à occuper, pour que ce temps perdu ne le soit plus.

Et si le voyage ou l’hospitalisation se prolongent, essayez-vous au petit jeu de Sylvie Germain. Quelles sont vos cinquante scènes capitales à vous?

Grands évènements ou petits riens qui restent gravés à jamais…

Haddocka

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