Marie de Saint-Exupéry « l’étoile du Petit Prince »

Couv Marie B mono (Page 1) par Michèle Persane-Nastorg (Editions du Triomphe)

« Saint-Exupéry » Quel beau nom pour un fils », ainsi s’exprime une toute jeune fille, Marie de Fonscolombe lorsqu’elle fait la connaissance de son futur mari, Jean de Saint-Exupéry. Et Antoine de Saint-Exupéry nait le 29 juin 1900. Point n’est besoin de le présenter.

Pourtant le livre de Michèle Persane-Nastorg donne un éclairage nouveau sur la relation fusionnelle que Marie avait avec son fils et qui s’est traduit, une fois son fils adulte, par cette correspondance si régulière qu’ils entretenaient. Antoine de Saint Exupéry est toujours resté très attaché à sa famille, ses souvenirs d’enfance, son frère François, trop tôt, disparu. Et la « bonne étoile » qu’est Marie de Saint-Exupéry ainsi nommée par son fils, transparaît à travers ses livres.

Mais le livre de Michèle Persane-Nastorg ne présente pas seulement cette entente si particulière qu’il y avait entre la mère et le fils.

C’est aussi le portrait d’une femme, d’une grande dame.

Veuve à 28 ans, mère de cinq jeunes enfants, Marie de Saint-Exupéry élève ses enfants avec une énergie intérieure pleine de force et de délicatesse.

D’un tempérament artiste, elle est musicienne mais surtout peint (plusieurs de ses tableaux ont été achetés par l’Etat et la commune de Lyon…). Dépourvue de fortune personnelle et « peu encline aux affaires d’argent », cette jeune veuve doit compter avec certains membres de sa famille pour l’éducation et les études de ses enfants. Marie saura composer, sans jamais froisser personne, et en même temps ,en gardant une grande liberté de penser : l’amour de la nature, la musique, la prière, être en communion avec la terre de Dieu .

« Marie de Saint-Exupéry dépose des semences légères chez chacun de ses enfants qui vont être le terreau de leur vie ».saint exupery

Veuve déjà très jeune, elle aura la souffrance de perdre deux enfants François en 1917 et Marie-Madeleine dite Biche en 1926. Plus tard, Antoine est porté disparu le 31 juillet 1944. Tout est grâce » écrit-elle après la mort de François. « La mort de François est grâce pour lui-même, d’une extrême sensibilité, il aurait eu du mal à vaincre les difficultés de la vie ».

Marie exprime, à chaque fois, parfaitement ce désarroi insoutenable, cette solitude, ce « plus jamais » et arrive à transformer l’épreuve en sérénité.

Ses enfants, devenus grands, elle doit puiser encore en elle pour avoir la force de se tourner vers les autres. Infirmière pendant la première guerre mondiale, médaillée de la Croix rouge, après la mort de sa fille aînée, elle se met à la disposition de la Croix Rouge qui l’envoie en Picardie et Normandie et Marie veille malades et mourants dans ces villes très marquées par la guerre. Inlassable conteuse, elle dispense de la joie autour d’elle et organise veillées et fêtes de Noël.

Après avoir vendu, faute de pouvoir en supporter les lourdes charges, leur propriété de famille « Saint Maurice »,saintexremensdef Marie achète une maison dans les hauteurs de Grasse.

Elle habitera les « Fioretti » pendant 34 ans. A 63 ans, elle se met de nouveau à la disposition de ceux qui pourraient avoir besoin d’elle et sa maison, grande ouverte, accueillera les nombreux enfants du village voisin.

Marie est toujours restée très proche de ses enfants et sa fille Simone, quelques mois avant la mort de sa mère, la suppliait de ne pas baisser les bras malgré les infirmités de son grand âge, tant ils avaient encore besoin d’elle et de la sagesse de ses paroles. Marie de Saint-Exupéry meurt le 2 février 1972 à 97 ans.

Au travers de la biographie de Marie de Saint-Exupéry, plus qu’une vie intense, plus que la mère d’un très grand écrivain, Michèle Persane-Nastorg montre avec brio comment une femme peut surmonter les épreuves de la vie, arriver à se dépasser et faire le don d’elle même.

Moussaillon

Dernier poème de Marie de Saint-Exupéry écrit en novembre 1971 :

Laissez-moi vivre un peu mon Dieu
Pour aimer encore ceux que j’aime
Ma mort leur serait une grande peine
Laissez-moi vivre un peu mon Dieu.
 Laissez-moi vivre un peu mon Dieu
Si je ne vois plus les sourires
Je ris de les entendre rire
Laissez-moi vivre un peu mon Dieu.
Laissez-moi vivre un peu mon Dieu
J’écoute le chant des merles,
La pluie tombe perle à perle,
Laissez-moi vivre un peu mon Dieu.
 Laissez-moi vivre un peu mon Dieu
Sans doute j’ai beaucoup pleuré
Mais je peux aussi consoler
Laissez-moi vivre un peu mon Dieu.  
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