« J’accuse » d’Abel Gance

J’ai eu la chance hier soir d’assister à la salle Pleyel à la première création mondiale de la restauration du film muet, noir et blanc d’Abel Gance, de 1919, resté invisible depuis près d’un siècle.                                                                       jaccuse
Miracle de la technologie moderne qui a su respecter le film grâce à la restauration des différentes copies, respect aussi du noir et blanc qui se teinte parfois de nuances rougeâtres mais l’innovation vient d’ailleurs : la mise en musique symphonique interprétée par l’Orchestre Philharmonique de Radio France, rejoint par l’électronique qui a su soutenir le propos d’Abel Gance (qui était sur le front jusqu’en 1917 !). Musique joyeuse pour accompagner les bals populaires de cette France insouciante et heureuse d’avant la guerre, musique assourdissante pour évoquer l’éclat des obus, musique romantique pour accompagner les poèmes de Jean, musique funèbre pour accompagner les morts…
L’histoire d’amour, simple, belle, donne du suspense au film (qui dure près de 3 heures que l’on ne voit pas passer !). Magnifiquement interprétée par les acteurs dont une petite Adèle de 3 ou 4ans. Superbes gros plans qui traduisent les émotions intenses des différents protagonistes, celles des amoureux comme celles des soldats. Film muet porté par un choix de textes courts mais essentiels pour faire comprendre la situation et au-delà faire passer des messages que l’on voudrait retenir. Parfois ce sont des lettres de soldats au front, écrites à leur famille et en particulier à leur mère ; parfois ce sont des lettres d’amour écrites par Jean à Edith. Abel Gance ne tombe jamais dans l’outrance ni dans le théâtral, ni dans la facilité. Il est dans la profondeur sincère du sujet, dans la vérité qui éclate à chaque image. Ce sont aussi les trouvailles cinématographiques d’un visionnaire, (comme la ronde des squelettes qui revient comme un let-motive) qui a une sensibilité à fleur de peau et qu’il veut nous faire partager.
« J’accuse » est aussi un chef-d’œuvre de poésie qui invite à toujours voir la beauté du monde au-delà de la méchanceté des hommes. François, la brute épaisse qui rend malheureuse sa femme Edith, ne sera-t-il pas transfiguré par l’expérience de la guerre qu’il est forcé de partager avec Jean, le poète ? Avec Abel Gance, tout est plein d’élégance, de retenue et c’est sans doute cela la clé du grand art.

A ne manquer sous aucun prétexte puisque ce film merveilleux sera retransmis sur ARTE le mardi 11 novembre 2014 à minuit, date facile à retenir, pour ce Centenaire de la Première Guerre mondiale, celle que l’on appela La Grande Guerre…

Mille sabords

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