A l’heure d’Ebola.

A l’heure d’Ebola où l’on guette avec inquiétude le résultat des recherches scientifiques pour juguler cette terrible infection, on ne peut qu’être émerveillé en lisant la vie de celui qui sauva tant de ses contemporains de la peste et du choléra:

                                                                          Alexandre Yersin

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Une biographie passionnante, écrite par Patrick Deville, qui reçut le prix Femina 2012, retrace la vie de ce chercheur infatigable dont la curiosité intellectuelle fut éveillée très tôt par un père entomologiste et dont la liberté d’esprit le conduisit à faire de prodigieuses découvertes dans des domaines aussi nombreux que variés.

Né en 1863 à Morges, dans le canton suisse de Vaud, mort à Nha Trang en 1943 au Vietnam, entre ces deux dates, toute une vie consacrée à la recherche, conduisant Yersin dans de nombreux pays mais le continent asiatique sera sa terre de prédilection.

Etudiant en Allemagne, il poursuit ses études à Paris. Rencontre avec Roux qui le présente à Pasteur. Yersin est docteur à 25 ans.

Pas d’épouse, mais deux femmes dans sa vie auxquelles nous devons de le connaître et de l’admirer: sa mère, Fanny et sa soeur Emilie. La correspondance abondante échangée avec elles est la source à laquelle P.Deville puise avec talent pour nous raconter cette vie extraordinaire, foisonnante d’aventures et qui se lit comme un roman.

Confrère de Roux, Calmette, Koch, Yersin a toujours refusé de faire partie de « la bande à Pasteur ». Esprit libre, il n’a jamais voulu être embrigadé dans quelque institution que ce fût. A 26 ans, alors que le tout nouvel Institut Pasteur est inauguré par Sadi Carnot, en 1883, Pasteur confie à Yersin dont il a vite compris l’intelligence et la compétence un cours de « microbie ». Mais l’attacher à la paillasse ou à un amphi, pas question..Yersin veut voir…la mer!

Roux s’arrache les cheveux, lève les bras au ciel. Quelle est cette lubie? Mais rien n’y fera! Yersin vient d’obtenir de l’Inspection académique une mission à Grandcamp dans le calvados. C’est un enchantement! Il écrit à sa mère:

 » Je ne serais pas fâché de quitter Paris. Ce n’est pas une vie que de ne pas bouger »!.

Pour bouger, il va bouger!

Pasteur a l’intelligence de comprendre le besoin de liberté de ce génie. Il accepte d’écrire, à la demande de Yersin, une lettre de recommandation adressée aux Messageries Maritimes à Bordeaux accompagnée de sa candidature à un poste de médecin embarqué. La mer et la science deviennent soeurs pour cet infatigable explorateur. Réponse chaleureuse de la compagnie qui laisse Yersin choisir la région du monde qui lui convient! ce sera l’Asie.

A 27 ans, Yersin s’embarque donc à Marseille pour rejoindre son affectation: médecin à bord du « Volga » desservant la ligne Saïgon-Manille. Microscope, éprouvettes côtoient dans sa malle-cabine lamelles et autoclave , jumelles et appareil photo.

Il avait prévenu Fanny très jeune : »J’aboutirai fatalement à l’exploration scientifique, j’ai trop de goût pour cela et tu dois te souvenir que cela a toujours été mon rêve bien intime de suivre de loin les traces de Livingstone ».

Une épidémie de peste éclate alors  à Hong Kong. Pasteur lui télégraphie d’y aller.

Une magnifique aventure commence..Que nous vous laissons découvrir!

A notre époque où la soif de modernisme tue la noble idée de progrès, nous avons là un superbe exemple de l’esprit d’invention mis au service de l’humanité non pour la contraindre au changement coûte que coûte mais pour  la soigner, la soulager ou l’améliorer.

« Peste et Choléra » Patrick Deville. Ed PointsDeville2

    Sapajou

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