« Ne me secouez pas, je suis plein de larmes »

 Ces dernières paroles de l’écrivain Henri Calet ont-elles inspiré nos ministres ?

Jugez-en vous-même… Christiane Taubira avoue qu’elle pleure dans sa chambre; quant à Marisol Touraine, elle est au bord des larmes

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Quelle mouche les a piquées ? Quelles infâmes calomnies a-t-on répandues sur elles ? Quel élu abominablement sexiste leur a intimé l’ordre de retourner à leurs fourneaux ? Quel sang a-t-on répandu ? me demanderez-vous.

Rien de tout cela. En fait, pas grand-chose, même.
L’une s’attire de temps à autre les reproches d’une populace aux abois, qui pèse dans la balance de la justice le sort réservé aux plus faibles et qui n’y trouve pas son compte.
L’autre est confrontée à quelque plaisanterie douteuse de la part d’un élu de l’opposition en manque d’argument peut-être, cherchant l’attention des médias sans doute et certainement opposé à une politique de soin tellement cohérente que 20 millions de Français sont condamnés à déserter les cabinets médicaux.

Plaignons donc ces pauvres femmes placées aux plus hautes fonctions, incapables de résister à la pression politique et médiatique. Ne cédons pas à la tentation de leur rappeler, comme disait Jules Renard, qu’on ne peut pas pleurer et penser.

Songeons aussi que la tactique est risquée : délaisser le terrain des arguments pour se retrancher dans les gémissements, les sanglots et autres plaintes, cela fonctionne parfois à la maison quand le torchon brûle, mais au fond ça agace. Et ce n’est pas digne.

Imaginons comme le sort de la France eût été changé si Blanche de Castille n’eût fait que gémir au lieu de tenir les rênes du royaume ? Si Jeanne d’Arc se fût mise à pleurnicher devant ses juges ? Si Marie-Antoinette en eût appelé par ses larmes à la compassion des tricoteuses ?

Est-ce là la figure du nouveau féminisme ? L’exemple de force et de courage que nos femmes politiques donnent aux Françaises étranglées par la crise, le chômage, la précarité, la dilution des repères moraux ?

Soit. Tenons-nous le pour acquis. Mais n’oubliez pas, ô représentantes de l’ Etat : comme le disait Marcel Achard, « quelles que soient les larmes que l’on pleure, ça finit toujours dans un mouchoir. »

Anacoluthe

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