chronique du docteur Ectoplasme

femme-medecin_298560315/04/2015 :

« si je deviens dépendante physiquement et psychiquement je veux qu’on arrête tout traitement »

Je viens de prendre connaissance de ces directives anticipées écrites il y a un an par Madame V., une dame de 91 ans. Depuis quelques mois, elle ne reconnaît plus ses enfants et vit dans une maison de retraite car elle perd la tête. Or on vient de m’annoncer qu’elle s’est cassé le col du fémur !

« Si je deviens dépendante physiquement et psychiquement je veux qu’on arrête tout traitement ».

Je relis attentivement ces directives anticipées que le médecin doit, depuis la Loi Leonetti de 2005, rechercher, et que sa personne de confiance m’a remis. Ce sont un peu comme les « dernières volontés » de la personne concernant les soins qu’on peut lui donner s’il lui arrive quelque chose mettant en jeu sa santé, avant qu’elle ne puisse plus s’exprimer, et elles ne sont que consultatives. Elles prévalent sur tout autre avis en dehors de celui du médecin référent qui reste décideur.

Actuellement Madame V est très précisément dans cet état de dépendance physique et psychique qu’elle redoutait tant et qu’elle ne voulait pas vivre. Et là, sa fracture du col du fémur la cloue au lit avec de la douleur lors des mobilisations. Elle doit avoir des couches. L’opérer signifie la remettre debout le lendemain et éviter ces complications de l’alitement, mais aussi la « condamner » à continuer à vivre avec sa démence, donc une vie qu’elle ne voulait surtout pas. Par contre, et si je respecte ses directives anticipées, je ne la fais pas opérer, mais cela signifie lui faire vivre une fin de vie inévitablement pénible par les complications de l’alitement, avec escarres, confusion, douleur, problème de transit, fin de vie lente et douloureuse.

Fin de vie digne ??

Son médecin référent et moi même décidons donc de la faire opérer du col du fémur.

Ma conclusion est que des directives anticipées contraignantes, comme la future loi l’envisage, peuvent desservir la personne en parfois pas l’enfermant dans un écrit irréversible et parfois pas  adapté. Comment écrire des directives anticipées quand on n’est pas compétent sur les enjeux de fin de vie et qu’on ne sait pas par avance ce qui va se passer ?

Ectoplasme

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