Deux expositions de mode à Paris, deux regards sur la femme.

Jeanne Lanvin (1867-1946) / Jean-Paul Gaultier (1952- )

lanvin                                                 jp gaultier

Presque un siècle sépare ces 2 grandes figures de la couture.

A 25 ans, en 1892, Jeanne ouvre sa boutique de modiste. Succès immédiat des chapeaux, suivi de celui des robes.

En 1970, à 18 ans, Gaultier entre chez Pierre Cardin et présente sa première collection en 1976.

Jeanne habille sa fille qui devient sa muse: rien n’est trop beau pour Marguerite. Des robes pour enfant, elle passe aux robes de style (bustier ajusté, large jupe à paniers ou crinoline) pour jeunes filles et jeunes femmes, aux robes du soir et aux robes de mariées. Jeanne Lanvin habille les femmes de la haute société, séduites par la féminité, la sobriété, l’élégance de ses modèles.Lanvin2 En plus, Jeanne Lanvin participe à toutes les expositions universelles, ce qui la fait connaître. Elle ouvrira même son propre atelier de teinture (le «bleu Lanvin») et de broderies. En 1926 elle reçoit la Légion d’honneur, reconnaissance de son savoir-faire. Créative, elle utilise toutes sortes de matériaux pour ses broderies, rapporte de ses voyages des tissus exotiques, ethniques, qui l’inspireront.

Félicitations à Albert Elbaz qui pour l’exposition du Palais Galliera a fait une superbe scénographie, en faisant reposer les modèles fragilisés par le temps dans de magnifiques vitrines de verre évoquant des pianos ouverts sur lesquels aurait pu jouer Marguerite, pianiste. Félicitations pour le choix des modèles dont un grand nombre pourrait être porté encore aujourd’hui, car ils sont la quintessence de la féminité et de l’élégance féminine.

Autre époque, autre univers chez Jean-Paul Gaultier. La femme que J-P Gaultier habille est une actrice (Raquel Welch), une chanteuse rock comme Madonna, Amanda Lear. Ses objets fétiches le corset et la marinière, qu’il déclinera sous toutes les coutures. Scénographie très contemporaine avec des mannequins dont les lèvres parlent au visiteur. jp gaultier2Cette immense rétrospective qui a fait déjà une partie du tour du monde arrive à Paris « de la rue aux étoiles ». Perfecto noir, cuissardes, l’ « enfant terrible de la mode» donne une image de la femme plutôt féline, sauvage, sexy. 35 années de travail, 140 modèles. Les uns sont somptueux, les autre pleins d’humour, quelques-uns importables (une robe longue au sexe tricoté sur la robe, les robes de mariées aux transparences qui laissent tout voir !). Gaultier s’amuse, la vie est un spectacle, un théâtre . Il présente une femme qui ne se prend pas au sérieux, une femme qui joue la provocation, une femme qui veut tout se permettre, au-delà de la décence, il n’y a plus d’interdit, plus de beau en soi. Mais la femme fatale ose tout sans jamais tomber dans la vulgarité, il y a toujours un élément, un accessoire qui réhabilite le vêtement au sein de la Haute Couture. Et sans doute est-ce comme cela que la femme apparait dans l’imaginaire de cet artiste fantasque.

Quoiqu’il en soit, il faut rendre hommage aux petites mains qui ont travaillé ces tissus somptueux pour Jeanne Lanvin ou pour Jean-Paul Gaultier car les réalisations sont remarquables. A l’écoute de l’évolution, voire de la révolution de la société, la créativité est au rendez-vous. L’argent a changé de mains et ce ne sont plus les femmes de l’aristocratie ou de la grande bourgeoisie qui peuvent s’offrir ces vêtements, mais bien celles du show bizz, ce qui explique aussi le changement fondamental de ces créations. L’objectif n’est plus le même, mais le miroir de la Couture reste bien le miroir de la société .

Jeanne Lanvin au Palais Galliera jusqu’au 23 Aout, 10 av Pierre I°de Serbie, fermé le lundi.
Jean-Paul Gaultier au Grand Palais, entrée Clémenceau, jusqu’au 3 Aout, fermé le mardi.

Mille sabords

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