Les remplaçantes

Alors que nous profitons pleinement des beaux jours de ce début du mois d’août, n’oublions pas qu’il y a tout juste 101 ans en ce même début août, la mobilisation générale emmenait loin de chez eux des milliers d’hommes. Les femmes ont dû  les remplacer.

Durant les quatre années de guerre, elles ont fait en sorte qu’aucune activité du pays ne soit paralysée.

La propagande les a montrées vaillantes, souriantes, conduisant d’énormes machines avec le sourire. pub 1ère guerre mondiale

Les femmes ont fait face. Comment?

En répondant à l’appel de Renée Viviani, invitant le 7 août 1914, les femmes à achever les moissons puis à entreprendre les travaux d’automne :

gpm 4 L’essentiel du travail de la France principalement agricole a été accompli par les femmes.

A l’automne 14, il y avait l’espoir que tout serait fini à Noël.

Mais le nombre d’hommes n’a cessé de décroître. Les femmes ont joint, à leurs taches propres, une grande partie des travaux d’hommes. Elles ont labouré, semé, hersé…sauvegardé les intérêts essentiels, décidé de la production, de la vente.

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Malgré les difficultés, elles ont eu le courage de s’adapter au prix d’un réel surmenage, d’une grande lassitude et d’une grande fatigue; la guerre n’en finissant pas. Chaque année est plus dure que la précédente. Il n’y a pas de statistiques d’accidents du travail mais il y eut des membres sectionnés, des chutes, des maladies, des fausses couches, des naissances prématurées….Les récoltes de guerre sont inférieures à celles des années précédentes.

Comme dans l’agriculture, les femmes ont fait face dans le secteur du commerce.

Les femmes déjà habituées à travailler avec leur mari ont pris la relève : devoir de maintenir l’activité familiale, courage de s’adapter malgré les difficultés.

Et rien ne leur est épargné : réquisitions de l’armée (les chevaux en particulier), circulation entravée….

Les remplaçantes sont présentes.

Les féministes, face au labeur acharné des femmes, emploient un vocabulaire militaire :

« le deuxième front, les combattantes de l’arrière. »

Mais les journaux sont divisés. Certains ignorent totalement ce phénomène de remplaçantes. D’autres en font état avec plus ou moins de bonheur. Le terme même de remplaçante n’est pas valorisant.gpm6

Les femmes ont remplacé dans les banques, les administrations, les services publics….

Elles ont été, sauf exception, les remplaçantes de postes subalternes : faibles salaires, mauvaises conditions de travail (absence de chauffage, d’hygiène)…

32% de main d’oeuvre féminine en 1914, jusqu’à 60% en 1917.gpm 7

Dans les tramways parisiens, il y a, en 1915, 2670 femmes aux conductrice de tramcôtés de 8000 hommes. Elles sont 5800 en 1917. Les conductrices ont un sang froid et une maîtrise qu’on ne soupçonnait pas.

Le directeur de la compagnie des Omnibus confie à un journaliste en septembre 1917 :

« Le nombre d’accidents n’a pas augmenté depuis que nous les employons »

Les jeunes filles diplômées peuvent investir des professions libérales. Elles ne peuvent devenir notaire mais médecin, avocat..

A l’issue de la guerre, les femmes étaient bien des remplaçantes, promptement licenciées au retour des soldats.

Alors, la guerre a -t-elle permis cette émancipation féminine tant attendue par les féministes?

Un retour à la la normale et aux valeurs traditionnelles s’est fait naturellement même si beaucoup n’ont jamais revu leur père, leur frère ou leur mari. Les femmes, malgré leur rôle responsable et patriote, n’ont eu aucune reconnaissance de droits politiques. Elles n’ont pas obtenu le droit de vote (comme les italiennes) contrairement aux britanniques, allemandes, autrichiennes, hongroises et américaines.

Il y a de grandes différences entre la ville et la campagne mais malgré tout, les choses ont changé. Les femmes ont pris conscience de leur capacité, ont goûté  une indépendance financière.

A l’issue de la guerre, est apparue une nouvelle mode vestimentaire et capillaire. Plus de corset, les jupes et les robes ont raccourci, les cheveux aussi.

La grande question des féministes, à savoir la concrétisation d’une émancipation féminine, a pris surtout forme chez les jeunes filles et femmes appartenant à des milieux leur permettant d’avoir leur « bac » (1924) et d’entreprendre des études supérieures.

Elles en ont bien « bavé », elles ont été plus qu’à la hauteur, elles étaient nos grand-mères ou nos arrière grand-mères, entre deux séances de bronzage ayons une pensée pour elles en souhaitant que cela ne revienne jamais.

Moussaillon

 

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