Chronique du docteur Ectoplasme

femme-medecin_2985603« Docteur surtout qu’il ne souffre pas »
Cette phrase revient sans cesse dans mon quotidien en soins palliatifs. Ce n’est pas tant de la mort que de la souffrance dont on a peur.
Et pourtant, est ce possible de ne pas souffrir?
La souffrance est intrinsèquement liée à notre condition humaine.
Cela reste un mystère, dont on peine parfois à en comprendre le sens. Pourquoi certains souffrent-ils plus que d’autres?
Dans mon exercice, « souffrir » c’est tellement plus que juste « avoir mal ».
En soins palliatifs on parle de souffrance globale qui comprend le côté physique (tous les symptômes), le côté social (notre rôle dans notre famille, la société), le côté psychologique, et le côté spirituel (le sens de ce que l’on vit).
 La souffrance est le fruit de leurs interconnections, et donc on peut comprendre que parfois il est juste impossible de ne pas souffrir.
Que des vies « compliquées » (en particulier familialement) se clôturent de façon « compliquée » , dans la souffrance.
Que parfois ne plus souffrir signifie ne plus exister, donc mourir.
Dans ces situations, on ne peut jamais faire taire la souffrance, on l’accueille.
Dans ces situations, la douleur (souffrance physique) n’est jamais complètement calmée malgré tous les traitements mis en œuvre. En effet, elle est dépassée, augmentée par la souffrance.
Le sens de ces fins de vie, de cette souffrance? C’est souvent a posteriori qu’on le découvre, ou plutôt qu’on le devine. Chacun émet des hypothèses pour comprendre, mais finalement ce qui compte c’est le sens qu’y met la personne elle même…c’est ce qui lui permet de vivre avec sa souffrance, ou du moins de l’accepter, et parfois de la faire disparaître.
« Docteur, faites qu’il ne souffre pas »….cela n’est pas si simple et ne dépend pas que des traitements que je peux proposer. Leçon d’humilité pour le soignant, pour l’accompagnant qui découvre par là que l’autre est autre et souvent insaisissable.
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