Tchernobyl, il y a juste trente ans

svetlana2Svetlana Alexievitch a reçu le prix Nobel de littérature en 2015 pour l’ensemble de son œuvre. Œuvre très particulière puisque c’est à partir de milliers d’enregistrements qu’elle retranscrit les témoignages des petites gens de tous âges et toutes conditions autour d’un sujet. Son but, faire connaître les petites histoire particulières à l’intérieur de la grande Histoire.

Dans « la supplication », nous avons ainsi le récit d’habitants à et autour de Tchernobyl mais aussi des soldats, des universitaires, des médecins, des ingénieurs en physique nucléaire, des journalistes etc.

Pour tous il y a un avant et un après Tchernobyl.

Le 26 avril 1986 à 1 h 23 mn, le réacteur n°4 de cette centrale située en Ukraine à proximité de la Biélorussie, mais à l’époque c’est l’URSS, est victime d’une avarie. Après une série de détonations au cœur du réacteur, les 1200 tonnes de son couvercle sont soudain projetées dans les airs. tchernobylUn jet surpuissant de vapeur radioactive disperse des tonnes d’uranium et de graphite à des centaines de kilomètres à la ronde. Puis une gerbe de feu chargée de gaz et de particules en fusion s’élève à plus de 1000 mètres au dessus du bâtiment éventré. C’est le fameux nuage de Tchernobyl qui s’est arrêté, n’est-ce pas, à la frontière française!!!

Ce qui frappe dans tous ces témoignages c’est la confrontation de ces gens avec l’Inconnu et le mystère. En pleine guerre froide l’URSS craignait toujours une guerre nucléaire et s’y était préparée mais  devant ce gigantesque et magnifique incendie tout le monde est désemparé. Quels sont les réels dangers, personne ne le sait et la société est tellement hiérarchisée que personne n’ose prendre de décision sans l’aval de son supérieur hiérarchique immédiat.

la ville fantôme de Pripyat entièrement évacuée 48 h après l'explosion

la ville fantôme de Pripyat entièrement évacuée 48 h après l’explosion

Petit florilège:

  • Nous résidions à Pripyat, à quelques kilomètres de la centrale, le 26 avril nous allions et revenions à bicyclette entre notre immeuble et la centrale pour voir l’incendie. A midi il n’y avait plus de pêcheurs à la ligne au bord de la rivière. Ils étaient rentrés chez eux tout noirs.
  • Si j’avais déclaré qu’on ne pouvait pas sortir dans la rue, on m’aurait dit: » Vous voulez saboter la fête du 1° mai ». Cela serait devenu une affaire politique. J’aurais dû mettre ma carte du parti sur la table.
  • Le paganisme soviétique: l’homme était considéré comme le maître, la couronne de la création. Et il avait le droit de faire ce qu’il voulait de la planète.
  • Une maman: « Ma fillette…elle n’est pas comme tout le monde…les bébés comme elle ne survivent pas; ils meurent tout de suite… je l’aime énormément… je ne pourrai plus avoir d’enfant. Je n’oserais pas. »
  • Un soldat dit:  » j’ai fait la guerre  mais Tchernobyl c’est une guerre au-dessus des guerres. »

En effet la guerre c’est terrible mais on sait que c’est la guerre. A Tchernobyl l’ennemi est invisible. On croit ne voir qu’un incendie qui sera forcément rapidement maîtrisé, mais l’air, l’eau et la terre vous éliminent plus sûrement qu’un coup de fusil.

Beaucoup sont morts. Pour beaucoup de ceux qui sont restés ce fut pire.

Un récit aussi émouvant que terrifiant.

Déprimés s’abstenir.

Haddocka

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