La part des flammes

Le_Petit_Journal_-_Bazar_de_la_CharitéCes flammes ce sont celles qui le 4 mai 1897 dévastèrent le Bazar de la Charité, sorte de grande kermesse organisée par différentes associations de dames patronnesses au profit des miséreux de la capitale. Il y avait donc là tout le gotha de l’aristocratie, soit pour tenir des stands, soit pour acheter. En quelques minutes l’incendie embrase tout l’édifice et beaucoup de ces femmes se retrouveront prisonnières des flammes.

A partir de ces faits réels, Gaëlle Nohant nous plonge dans ce Paris d’il y a cent ans, complètement disparu aujourd’hui et invente des personnages qui vont se croiser avant, après, pendant et autour de cette tragédie qui fera  cent vingt victimes, presque exclusivement des femmes et énormément de blessées qui auront à souffrir de profonds traumatismes et d’affreuses brulures.

Les femmes, il en est beaucoup question dans ce roman et on sent la volonté de Gaëlle Nohant de nous montrer à quel point leur situation était peu enviable, y compris dans les hautes couches de la société. Redevenues avec le Code Napoléon d’éternelles mineures, elles ont juste le droit d’être belles et de se taire. Mariées presque toujours soit au plus offrant soit en fonction de l’importance de leur dot, il n’est pas beaucoup question d’amour. Au mieux finiront-elles par s’accommoder d’un mari ni trop méchant ni trop volage. Il faut ajouter à ce triste tableau une religion souvent extrêmement dure et intransigeante.

Pourtant ces femmes ont un grand cœur et leurs épreuves, enfouies le plus souvent parce qu’indicibles, nous touchent profondément, les menant parfois au bord d’une folie que la psychiatrie de l’époque est loin de savoir résoudre mais qui peut se révéler bien pratique pour se débarrasser des rebelles impénitentes.

L’intrigue sentimentale est un peu cousue de fil blanc, on se doute dès le début que ça finira bien mais à aucun moment ce roman n’est ennuyeux, bien au contraire, on est tenues en haleine par ses multiples rebondissements.

L’époque est très bien documentée. L’auteur agrémente son récit de vrais articles de journaux de ce temps où la presse était toute puissante, le style est digne des meilleurs romans de ce siècle et on s’attache à ces personnages si fragiles.

Une belle réussite et un vrai bonheur de lecture.

La part des flammes. Gaëlle NOHANTnohant-xweb-3161778-jpg_2814565

Editions Héloïse d’Ormesson

Paru en Livre de poche 34052

On aura plaisir je pense, à découvrir en cette même rue Jean Goujon, la chapelle de la Consolation édifiée sur les lieux du drame en hommage aux victimes.

Haddocka

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