Jamais assez maigre

Peut-on reprocher à des parents de trouver que leurs enfants sont magnifiques, certes non.

Peut-on reprocher à des parents de trop dire à leurs enfants qu’ils sont beaux comme si c’était la seule chose qui ait de l’importance, certes oui.

Que feriez- vous, si un jour on proposait à votre fille de devenir mannequin parce qu’elle a des yeux bleus magnifiques, un joli nez et des jambes qui n’en finissent pas ?

Vous seriez certainement flattées que la chair de votre chair soit tellement réussie qu’elle soit recrutée sans avoir rien demandé un jour, dans la rue, comme ça.

mannequin1Après avoir lu le livre de Victoire Maçon Dauxerre, vous serez, on l’espère, définitivement vaccinées contre cette tentation.

Evidemment cette proposition tourne la tête de Victoire qui se dit qu’elle peut toujours essayer  mais surtout ses parents l’encouragent :

-une opportunité formidable pour gagner beaucoup d’argent sans se donner trop de mal

-La possibilité de voyager dans tous les pays du monde

-devenir encore plus belle confiée à des mains expertes

Pour réussir elle est prête à tout pour satisfaire aux exigences de ses coachs et particulièrement de commencer à ne se nourrir que de pommes pour passer du 38 au 32

Habillée, coiffée, maquillée pour des séances photos, elle se trouve très belle et on ne cesse de le lui répéter.

« Quand j’entre dans la lumière… au son d’une musique grandiose, je ne sens plus ni mes pieds torturés ni mon crane massacré,  je suis une reine, une déesse qui défile …magnifiée par un créateur merveilleux. »

Mais il faut encore et toujours qu’elle maigrisse, elle use et abuse des laxatifs, elle se fait vomir dès qu’elle a fait le moindre écart.

Elle s’affaiblit et son psychisme souffre aussi. Elle commence à déchanter. De plus en plus elle se sent devenir extérieure à son propre corps mais elle veut tenir et ne pas décevoir ceux qui lui font confiance. Pourtant l’ambiance générale n’est pas très porteuse : cynisme des coachs, rivalité terrible et sans merci entre mannequins, longues heures d’attente entre les prises de photos. Pour meubler ces temps morts, elle décide de reprendre des cours mais elle s’aperçoit vite qu’elle est devenue incapable d’apprendre quoi que ce soit alors qu’elle était jusque là très bonne élève .

« Je suis une vache à la foire aux bestiaux. Un bout de viande qu’on scrute et qu’on pèse avant de le dévorer »

Un jour à Miami elle dit : « J’étais dans un des plus beaux endroits du monde mais je n’existais pas. Je n’éprouvais rien, je ne pensais rien, j’étais comme morte »

Dépression, sorte de schizophrénie, elle veut sortir définitivement de ce corps qu’elle déteste à présent et tente de se suicider.mannequin3

Le gouvernement s’est penché sur le problème car au-delà des professionnels de la mode c’est toute la société qui est touchée par la « taille mannequin » responsable de l’anorexie et autres maladies mentales de près de 30000 adolescents.

Une loi du 17 décembre 2015 exige de la médecine du travail « un certificat médical attestant que l’état de santé du mannequin évalué notamment au regard de son indice de masse corporelle est compatible avec l’exercice du métier, elle exige aussi de notifier «photo retouchée » dans les magazines quand  les photos sont retravaillées.

Rêve de princesse ou forme moderne d’esclavage ?

Les créateurs aiment-ils vraiment les femmes pour les traiter de cette façon ?

Pas de seins, pas de fesses, pas de formes. Ces femmes sont des objets.

Karl Lagerfeld leur dit ouvertement : » soyez des cintres »

Boit-sans-soif

 

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