« Silence »

silence-1Ce film de Martin Scorsese qui vient de sortir en France fait déjà beaucoup parler de lui. Analyser les intentions du cinéaste, ou l’évolution de sa position religieuse comme on le lit actuellement me paraît trop intime pour aborder ce film sous cet angle.

Mais de quoi s’agit-il tout d’abord?

Nous sommes au XVII° siècle. Deux jésuites missionnaires portugais souhaitent retrouver leur précepteur pour lequel ils ont une grande admiration. Apprenant que celui-ci est au Japon, ils partent sur ses traces. C’est ainsi qu’ils débarquent sur  une côte sauvage de l’archipel  où ils ont la stupéfaction de trouver une toute petite communauté paysanne chrétienne qui se cache pour se protéger des persécutions dirigées contre elle  par le cruel Inquisiteur bouddhiste du lieu. C’est un vrai miracle de trouver encore des chrétiens qui sont persécutés, martyrisés, dénoncés depuis tant d’années.

Cette rencontre donne lieu à l’une  des plus belles scènes du film me semble-t-il : les visages de ces hommes et de ces femmes qui ne vivent que de leur Foi sont superbes. A la vue de ces deux prêtres, ( dont ils sont privés depuis si longtemps), leurs yeux sont emplis d’une joie quasi surnaturelle et lorsqu’ils offrent leur maigre repas à ces missionnaires  affamés, ceux-ci se jettent sur la nourriture tandis que ces paysans tout imprégnés de vie chrétienne attendent d’eux qu’ils disent le bénédicité…

L’arrivée de ces prêtres va terriblement aggraver la situation de cette petite communauté. Jusque-là, renier leur Foi en piétinant une image du Christ gravée dans la pierre comme le leur demandaient les émissaires de l’Inquisiteur était absolument inconcevable. Tout plutôt que renier Dieu, le martyre plutôt que l’apostasie, avec cette certitude que le Paradis est la récompense de leur fidélité indéfectible.

Silence-05057.tifL’inquisiteur bouddhiste va se servir de ces prêtres pour obtenir le reniement de ces gens : en les faisant torturer devant eux qui assistent , impuissants derrière les murs  à claire-voies de leur prison en bois, à leur  martyre sous des formes diverses et insoutenables. Devant tant de souffrance, l’un de ces religieux les supplie d’apostasier .

Pour moi, le problème majeur que pose ce film se situe là : quel est le rôle du prêtre? Qu’attend-on de lui? Le chrétien n’attend pas le bonheur de sa vie sur terre, mais de son retour à son Créateur en son magnifique Paradis. Un prêtre qui fait apostasier pour éviter des souffrances? Et qui est donc prêt à apostasier lui-même ( ce sera le cas pour l’un de ces  missionnaires). Si, humainement, on peut comprendre cette compassion envers son prochain, c’est dégrader le prêtre que de lui attribuer ce rôle si terrestre. Le prêtre est un autre Christ qui emmène ses fidèles au Ciel, cela dût-il être au péril de sa vie terrestre comme de ceux qu’il conduit pour atteindre le royaume de Dieu.

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Je pense à tous ces chrétiens d’Orient. Que dirions-nous d’un prêtre débarquant chez eux et les exhortant à renier leur Foi? Connaissons-nous simplement un apostat canonisé?

Qu’on ne se méprenne pas sur mes propos. Loin de moi l’idée de juger. Ce film a le mérite de faire réfléchir au martyre chrétien. Libre à chacun de donner sa réponse. Mais, en sortant du cinéma, je n’ai ressenti que de la tristesse  pour ces paysans abandonnés par l’un des missionnaires en qui ils avaient placé tant de confiance et de Foi.

J’ai centré ma réflexion sur le thème de l’apostasie, d’un prêtre qui plus est. Il en est d’autres tout aussi intéressants comme la rédemption des lâches. Un des personnages de ce film ne cesse de trahir, puis de se confesser et de trahir à nouveau. On pense à Judas bien sûr et à cette réflexion que l’on entend parfois :  « c’est facile d’être chrétien. Je peux faire tout le mal que je veux et recommencer après la confession »…

Voici un bref aperçu des questions soulevées par ce film. Je dois ajouter que le cadre dans lequel il se déroule est très beau.

J’évoquais les chrétiens d’Orient. Ce film a beau évoquer des événements historiques anciens, il est très actuel. Et s’il n’apporte aucune réponse, il pose des questions graves.

Le silence de Dieu? Ne s’agit-il pas plutôt de notre surdité à Sa Parole?

Bons débats à tous!

 » Silence », film de Martin Scorsese, avec Andrew Garfield, Adam Driver, Liam Neeson. Inspiré du roman éponyme de Shūsaku Endõ, 1996.

Sapajou

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