Regards croisés sur un même peintre.

Pourquoi regards  croisés?

Parce que c’est à deux mains et à quatre yeux que nous allons vous parler de Pissarro (1830-1903), à l’honneur à Paris jusqu’au début du mois de Juillet. Cela fait 36 ans qu’il n’y a pas eu d’exposition sur ce peintre et aujourd’hui le Musée Marmottan et le Musée du Luxembourg nous proposent simultanément d’admirer une centaine d’œuvres de lui!

Pour ma part, c’est au Musée Marmottan que je suis allée. Titre de l’exposition ( qui s’ouvre par un superbe autoportrait du peintre âgé) « Pissarro, le premier des impressionnistes ».

Né en 1830 à St Thomas, dans les Antilles danoises et mort à Paris en 1903, cet artiste est en effet considéré comme ayant été  le « père de l’impressionnisme ». Serez-vous frappée comme je le fus par les deux  catégories de peintures présentées? La première, représentant des scènes campagnardes d’une grande douceur, (certains méchants critiques autrefois disaient « mièvres »!). « la maison de la sourde et le clocher d’Eragny » en étant un exemple, la deuxième constituée de paysages urbains comme cette série de vues autour de Montmartre ou les ports de Rouen et de Dieppe. Il y a une raison médicale à cela: dès 1890, notre peintre souffre d’une maladie des yeux , comme Degas, atteint d’une  » dacryocystite » qui est une inflammation du sac lacrymal. Le verdict médical tombe cruellement: interdiction de peindre dehors , ou même à l’intérieur la fenêtre ouverte.

D’où la conséquence pour Pissarro de poser son chevalet derrière une fenêtre fermée. Comme il ne voudra jamais trop s’éloigner de son médecin parisien, le Docteur Parenteau, qu’il doit parfois consulter en urgence,  il peint à l’hôtel ou dans des appartements loués pour les besoins de nouveaux sujets, d’où cette série de vues urbaines « Boulevard Montmartre: effet de nuit 1897″( pour ce tableau par exemple, Pissarro à pris une chambre d’hôtel à l’angle du Boulevard des Italiens et de la rue Drouot).

Toutes ces œuvres sont très bien présentées. J’ai eu la chance de les voir commentées par un guide très intéressant auprès duquel on peut s’inscrire pour une visite: Mr G de Brunhoff: 06 63 46 73 31

Sapajou.   ( Musée Marmottan, jusqu’au 2 Juillet 2017).

Le musée du Luxembourg présente uniquement des oeuvres postérieures à 1884, année où Pissarro et sa nombreuse famille (il a huit enfants) viennent s’installer à Eragny sur Epte dans le Vexin. Il apprécie beaucoup cette maison et son environnement champêtre, source d’inspiration. D’abord louée, son ami Claude Monet l’aidera à l’acheter.

C’est vrai que cette exposition est très « verte ». On se promène à la campagne. Nous ne voyons que des paysages souvent enrichis d’agriculteurs au travail ou d’animaux, peints à différentes heures de la journée et par tous les temps, sous la neige ou dans la brume. Un seul portrait mais aussi quelques aquarelles et dessins à la plume destinés à illustrer une revue anarchiste.

Quand Lucien, son fils aîné fonde à Londres une petite maison d’édition, Eragny Press, c’est pour Camille Pissarro une nouvelle raison de travail, de recherche et aussi un nouveau moyen de faire connaître et d’écouler ses productions. Il tentera même un livre illustré sur les travaux agraires mais qui n’aboutira pas.

Nulle part au long de cette exposition il est question des problèmes de vue qu’évoquait Sapajou (mais j’ai parcouru seule les salles sans le secours de M. de Brunhoff). On nous dit seulement que l’artiste peint de la fenêtre de son atelier ou de sa maison et qu’ainsi, peignant toujours les mêmes perspectives, il découvre à chaque séance quelque chose de neuf. Pourtant cette maladie est la seule explication plausible à ce manque de curiosité.

Pas étonnant alors, que Pissarro apparaisse avant tout comme un besogneux. Mais sa peinture nous émeut par sa simplicité.

« Il rend l’odeur à la fois reposante et puissante de la terre » dira de lui Octave Mirbeau.

Musée du Luxembourg, jusqu’au 9 juillet.

Haddocka

 

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