LES GRANDS HOMMES ET LEUR MERE

 Les grands hommes et leur mère : Louis XIV, Napoléon, Staline et les autres par Melchior-BonnetRenouveler la biographie d’hommes célèbres par le prisme original de leurs relations avec leur mère, telle est la volonté de Sabine Melchior Bonnet dans son nouveau livre    » les Grands Hommes et leur mère » (Editions Odile Jacob)

Depuis l’antiquité jusqu’à l’époque contemporaine, en une réunion étonnante, déroutante même, de Néron à Martin Luther King, d’Alphonse de Lamartine à Churchill en passant par Staline ou Hitler, l’auteur  a choisi  quinze grands hommes, surtout suivant les sources dont elle disposait (correspondances, mémoires). Ainsi de 1800 à 1820, Alix de Lamartine a écrit environ 2000 pages sur la vie quotidienne des ses enfants.

Mais qu’est-ce qu’un grand homme ? Est-ce seulement les circonstances ? Le fait d’être sorti de sentiers battus….Peut-on pour répondre à la question, remonter le passé vers les fondations, l’enfance ?

Des points communs rassemblent ces grands hommes :

Très souvent, le père est absent, soit sur un champ de bataille, soit pris par ses affaires, soit mort (les mères, veuves, exercent de fait des responsabilités).

Toutes les mères veulent que leur fils soit instruit. Ainsi, malgré la tristesse de la séparation d’avec son fils, le but de Laetizia, est que Napoléon quitte la Corse pour poursuivre ses études. La mère de Staline dont le mari était cordonnier, croyait dans l’éducation. Elle a tout fait pour que son fils entreprenne des études au séminaire et devienne pope…

Nous ne pouvons passer en revue tous les héros de l’auteur mais certains nous attirent, particulièrement, surtout dans une  première période .

En effet, le rôle des mères apparaît différent suivant les époques :

Jusqu’à la fin du 17° siècle, une bonne mère est une « tota virago » ; « un cœur d’homme dans une intelligence d’homme ».

Ainsi Agrippine, descendante directe de l’Empereur Auguste, et fière de l’être, consacrera toute son énergie, ne reculera devant aucune intrigue, aucun crime pour que son fils devienne empereur. Néron est ce qu’elle a de plus cher, elle sait qu’elle ne sera jamais impératrice. Par l’intermédiaire de son fils, elle va jouer un rôle politique important mais non reconnu alors. Telle mère, tel fils, Néron fera assassiner sa mère. Il n’a que 21 ans.

Louise de Savoie a préparé son fils à devenir roi. Elle avait l’intuition d’une mère sur le destin de son fils (branche cadette des Valois-Orléans) dont les chances étaient minces de devenir roi. Avec intelligence, énergie et en prodiguant tout l’amour possible à son fils, Louise de Savoie est une remarquable éducatrice.  François est devenu un roi dont la réputation se transmet de génération en génération. Régente à deux reprises, fine diplomate, son fils  suit la politique de sa mère. Effondré à la mort de celle-ci, il compare Louise de Savoie à un homme d’Etat : « Ô Cœur qui ne sentiez de femme que le nom. »

Saint Augustin rend hommage à sa mère dans « les Confessions ». Sa mère dont le souhait le plus profond de la conversion de son fils s’est réalisé. Mais combien de temps aura-t-elle passé à le suivre dans ses pérégrinations intellectuelles et autres, de Rome à Milan? Que de fois ne l’a t- elle pas rabroué ? Saint Augustin dit que sa mère l’a toujours « réveillé ».

Jusqu’à la fin du 17° siècle, la tendresse n’apparaît pas spontanée. Peut-être la forte mortalité infantile y est -elle pour quelque chose . Les femmes peu à peu se détachent du devoir seul et à partir du 18° siècle, c’est l’explosion de l’amour maternel: la mère qui embrasse, qui câline son enfant.

Et la mère écrit aussi des traités d’éducation, des lettres. L’objectif est de former la conscience du jeune homme, de lui montrer ce qu’on attend de lui. La gloire mais une gloire digne. Ainsi, Louise d’Epinay est une tendre mère qui ne cessera, sa vie durant, de protéger son fils léger et frivole. Louis Joseph est sensible à l’affection de sa mère, se perd en regrets éternels mais ne tiendra aucun compte des enseignements maternels s’efforçant de lui donner le sens des responsabilités

Au 20° siècle, les fils ressentent le besoin d’éloigner leur mère et son côté accapareur, inquisiteur. Et que dire de Staline et Hitler qui n’ont eu de cesse de gommer toute trace de leur enfance, de Churchill qui a aimé une mère toujours absente ou encore de Sartre dont la mère dira qu’il n’a rien compris à son enfance ?

Sabine Melchior Bonnet est une historienne spécialiste des sensibilités et a écrit de nombreux ouvrages sur la vie culturelle, la vie privée. On en n’ a jamais fini avec son enfance. L’auteur ne renie pas l’héritage freudien. Il reste sous-jacent mais on ne tombe ni dans des explications trop exagérées ou trop psychologiques , ni  dans l’anachronisme.

Cet éclairage nouveau,  au travers de ces quinze nouvelles bien écrites, bien construites, nous entraîne dans une ronde historique passionnante.

Moussaillon

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