Portrait d’une égérie russo-allemande: un film à voir

Cette égérie se nomme  » Lou Andreas Salomé ». C’est le titre du film.

 » Lou » est née à St Petersbourg en 1861 et elle est morte à Göttingen en 1937.

Le film commence alors qu’elle a 72 ans, qu’elle vit en Allemagne où elle sent la menace du pouvoir nazi monter. Brillante philosophe, première femme psychanalyste, romancière, essayiste, sa vie est tellement surprenante pour l’époque que l’un de ses admirateurs sonne un jour à sa porte pour consigner ses mémoires qu’il souhaite éditer. Le film se déroule donc au fil de ces entretiens qui donnent lieu à des flash-back joliment montés puisque les retours dans le passé se font à partir de photos sépias ou de cartes postales anciennes qui s’animent à l’évocation de son passé par « Lou ».

Ce passé concerne essentiellement les relations de la Femme qu’est devenue Lou avec les hommmes qui l’entourent. Perte d’un père adoré très jeune, apprentissage auprès d’un précepteur dont le comportement manque de respect, mère autoritaire en envahissante, notre jeune fille devient vite une rebelle, préférant l’étude de Platon ou d’Aristote à toute vie sentimentale. Son intelligence, sa beauté font tomber les cœurs. Mais toute relation physique lui étant insupportable, elle développe alors une théorie de la femme chaste pour être plus libre. C’est le sujet central du film.  » Seule la camaraderie permet le perfectionnement intellectuel  » l’entend-on dire à l’un de ses soupirants qui ne sont autres que Nietzche ( qu’elle rencontre en Italie où elle est venue soigner une tuberculose bénigne), Paul Rée et Rilke dont elle va être l’égérie jusqu’à sa mort. Elle s’est fixé pour règle de ne jamais se marier car  » le mariage place la femme dans un rôle de subordonnée ». Qu’en sera-t-il de ce souhait? Et que dira-t-elle plus tard à Freud sur son divan, après être devenue l’amie de sa fille vers 1911?

Et nous, aujourd’hui , que nous inspirent ces dialogues philosophiques très intéressants, ces réflexions sur la place de la Femme dans les relations conjugales ou sentimentales?

Que l’on soit aujourd’hui rebelle comme Lou ,  ou que l’on soit…plus sage, on ne peut pas être insensible à cette vie partagée entre le besoin d’indépendance  et la recherche d’une certaine intimité. Par contre je reproche à ce film de n’avoir évoqué la vie de cette femme que sur le plan sentimental alors qu’elle fut manifestement une philosophe ou un écrivain renommé. La Femme sans son œuvre? Ne serait-ce pas la rabaisser au rang d’une simple féministe?

À vous de juger Mesdames!

« Lou Andreas-Salomé », film de Cordula Kablitz-Post, avec Katharina Lorenz, Nicole Heesters, Liv Lisa Fries, Alexander Scheer etc

Vient de sortir.

Sapajou

 

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