Profession du père

                                            – Que faut-il écrire dans la case: « Profession du père » sur la fiche que l’on remplit  au collège le jour de la rentrée quand on a un papa qui se prétend agent secret, grand responsable de l’OAS depuis que son ami intime De Gaulle l’a trahi mais qui traine en pyjama toute la journée à la maison?

– Que faut-il faire pour être à la hauteur de ce père mythomane, manipulateur et violent en pleine guerre d’Algérie?

– Que faut-il faire pour échapper aux coups de ceinture, aux baffes et à l’enfermement dans l’armoire, le « cachot »?

Ce roman de Sorj Chalandon (mais est-ce bien un roman) vous prend et ne vous quitte plus tant il est bien mené et tellement triste en même temps que plein d’humour.

Ecoutez ce que dira le petit Emile devenu grand:

« Mon père, ma mère et moi. Juste nous trois. Une secte minuscule avec son chef et ses disciples, ses codes, ses règlements, ses lois brutales, ses punitions. Un royaume de trois pièces, aux volets clos, poussiéreux, aigre et fermé, un enfer. »

En grandissant Emile va, non sans mal, se sortir de ce huis clos mais sans haine, ni pour son père ni pour sa mère qui n’aura rien fait pour l’aider, paralysée par la peur et « sous influence » depuis trop longtemps.

Sa seule vengeance sera son fils Clément (un prénom qui est déjà tout un programme) à qui il donnera tout l’amour possible.

Un beau roman sur l’enfance martyrisée à l’abri des regards.

Sorj Chalandon a reçu le prix du meilleur roman 2015, on comprend…

paru chez Grasset (2015), puis en livre de poche.

Haddocka

 

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