Bakhita

Quand j’ai entendu dans mon auto-radio que la FNAC décernait son prix du roman 2017 à une vie de saint, je me suis dit que ce récit devait être vraiment exceptionnel et il l’est.

Bakhita c’est le nom arabe qu’on donne à cette petite africaine de 6 ou 7 ans enlevée après qu’on ait incendié son village et emmenée dans une de ces longues caravanes d’esclaves à travers le Soudan pour être vendue. Mais ce n’est pas le prénom que son père lui a donné. Son vrai nom elle l’aura oublié, perdu en même temps que son bonheur, sa joie de vivre et ce paradis qu’était son village.

« Maintenant on ne s’approche d’elle que pour lui faire du mal. Une présence est une menace…Elle ne sait pas qu’elle est prise par des négriers musulmans. A la vérité elle ne sait rien de ce que cela signifie ».

De brutalités en cauchemars, d’humiliations en tortures, elle va survivre portée par l’espoir de revoir les siens et par l’amour qu’elle saura donner à ses compagnes d’infortune.

De maîtres en maîtres, de ville en ville, elle arrive à Khartoum et là, « elle est achetée pour la cinquième fois par un homme qui s’appelle Calisto Legnani, consul italien à Khartoum. Et cet homme va changer le cours de sa vie ».

Pourquoi? Parce qu’il l’emmènera en Italie, qu’elle rencontrera Stefano qui l’aimera comme sa fille  et n’aura de cesse qu’elle soit baptisée.

C’est ainsi qu’il obtient qu’elle entre au Pieux Institut des catéchumènes de Venise pour apprendre l’italien- elle parle un sabir incompréhensible, mélange de tous les dialectes qu’elle a entendus- apprendre à lire et à écrire  et surtout apprendre à connaître  » l’esclave crucifié » qu’elle aime déjà.

Alors elle pourra recevoir le baptême mais elle est toujours esclave et la propriété de sa dernière maîtresse. C’est au cours d’un procès qui fera beaucoup de bruit qu’elle sera déclarée libre le 29 novembre 1889 par le procureur du roi.

Elle est admise au noviciat en 1893.  » Eprouver la résistance spirituelle et physique de celle qui a survécu à tout est superflu. Bakhita ne demande qu’une chose: l’autorisation d’aimer. Ce sentiment si longtemps interdit, dangereux et porteur de souffrances plus fortes que la maltraitance, aujourd’hui elle y a droit. Elle se donne corps et âme à « el paron », ce maître dont l’amour rachète les péchés ».

La deuxième partie du livre est moins extra-ordinaire, c’est la vie d’une religieuse de cette fin du XIX° siècle dans cette Italie des pauvres puis elle va connaitre les deux grands conflits mondiaux , encore du feu, du sang et des larmes.

Elle s’éteint le 8 février 1947. En 2000 le pape Jean Paul II l’élève à la gloire des autels et la déclare patronne du Soudan.

Ce gros livre de 450 pages se lit d’une traite. Véronique Olmi nous emmène sur les traces de Bakhita avec un style d’une puissance à laquelle on ne résiste pas. C’est beau, terriblement émouvant, ce qui n’empêche pas les situations cocasses. On devine que l’auteur connaît bien et  l’Afrique et l’Italie et le monde catholique.  Elle nous en fait partager la vision et les odeurs avec un talent fou, un régal.

Cela s’appelle un roman parce que ce n’est pas une biographie mais c’est avant tout une histoire vraie, une histoire de résurrection.

Sainte Joséphine Bakhita, priez pour nous, pour l’Afrique et pour l’Europe.

Roman de Véronique Olmi aux éditons Albin Michel 456 pages

Haddocka

 

Publicités
Cet article a été publié dans A lire. Ajoutez ce permalien à vos favoris.