La partition intérieure

Quand on lit sur la 4° de couverture qu’il s’agit du récit que fait un prêtre de ses quarante années de sacerdoce, on ne peut s’empêcher de penser au Journal d’un curé de campagne de Bernanos.

Comme son grand prédécesseur, Reginald Gaillard  se met dans la peau d’un curé de campagne. Bien sûr le contexte n’est plus le même, il est pire mais la Foi est inchangée et les motifs de désespérer devant le mystère du mal, toujours d’actualité.

Ce prêtre  arrive en 1969, à reculons, dans ce village de Courlaoux aux habitants aussi rudes que ce climat du Haut Jura. Il était vicaire à Paris et considère cette mutation comme une punition… mais il obéit. Ce jeune prêtre plutôt du genre brillant et mondain va se laisser façonner par les gens de ce village, rustres mais viscéralement attachés à leur terre, d’autant plus malheureux qu’ils savent que leur mode de vie va bientôt disparaitre.

« Ce sont les villageois, vraiment, qui ont fait de moi un prêtre et, qu’en définitive, dans cette bataille, ils m’ont grandi. »

C’est au contact de deux personnages en particulier, complètement en marge, mal admis par le village, comme lui, que notre abbé va pouvoir juger des mystères des destins humains, des ténèbres du mal et de la mort.

-Charlotte à moitié folle à première vue, qui commerce allègrement avec les morts mais dont la partition est surtout faite de silences.

«  Elle leur souhaitait à tous, parce qu’elle était persuadée qu’à leur manière ils vivaient, d’obtenir le repos qu’elle ne parvenait pas à trouver. »

-Jan, un hollandais qui est venu s’enterrer dans ce village pour écrire « sa » partition et essayer de trouver le réconfort dans la musique après une douloureuse rupture amoureuse. Mais il échoue sans cesse et désespère.

« Je suis un misérable, une loque. « Je ne suis plus rien. ai-je  été seulement un jour quelqu’un ».

C’est  un beau récit, très poétique avec une large part accordée à la nature et aux beautés de la création, une méditation sur le dépouillement de soi indispensable pour vivre vraiment de l’Évangile et commencer à comprendre les autres et rien que pour la prière finale, il vaut la peine d’être lu:

« Tu nous dis que dans une brise légère, l’amour ou le moindre regard, pour peu qu’il soit riche d’attention, demeure, ténu, le mystère de ta force. Mais quel fardeau que la croix de ton amour… »

Reginald Gaillard, qui a écrit plusieurs recueils de poésie, nous livre dans ce premier roman une belle figure de prêtre fidèle à sa vocation et à sa mission malgré les doutes et les difficultés. Réconfortant.

Editions du rocher 252 pages. 2017

Haddocka

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