La Haute couture et les femmes (2)

Pourquoi les hommes continuent-ils de dominer le monde de la Haute couture, demandions-nous?

Certains seraient tentés de dire que c’est parce que beaucoup de ces couturiers sont homosexuels et ils habillent les femmes comme des hommes (le tailleur pantalon, le smoking pour femmes que conçut Yves saint Laurent ne peuvent être seyants que sur une femme sans formes).   Sans compter que cette mode n’aurait sans doute pas pris sans l’assentiment des femmes qui veulent être l’égal de l’homme, recherchent le confort, et sont obnubilées par la minceur.

Alors ces couturiers d’aujourd’hui aiment-ils moins les femmes ?

 Peut-être, mais l’essentiel est ailleurs :

II) La Haute Couture est devenue un business, une affaire de marketing.  C’est le  styliste, le directeur artistique, soutenu par de grandes entreprises financières,  qui est mis en valeur. Aujourd’hui il faut faire parler de soi, voire provoquer ; alors on recherche la nouveauté en permanence quitte à ce qu’elle ridiculise la femme ou que les vêtements soient importables. La communication est presque plus importante que la création. Témoin le rôle des hommes d’affaires et de la presse. Les Maisons sont reprises par des grandes sociétés internationales. Les directeurs artistiques se succèdent : Il faut être rentable. Que l’on se souvienne du renvoi de Christian Lacroix par Bernard Arnault. Tout se démode très vite pour faire marcher le commerce.

Parallèlement la clientèle de la Haute Couture change : L’aristocratie est peu à peu remplacée par les actrices européennes et américaines,  par les grosses fortunes du Moyen- Orient. Peu à peu les robes élégantes vont faire place à des robes plus sexy, plus glamour, faites plus pour le tapis rouge du festival de Cannes que pour les salons de l’aristocratie. On entre dans le monde de l’image et du spectacle  comme en témoignent par exemple les défilés qui deviennent des spectacles.

Que l’on compare les défilés de Christian Dior dans le cadre feutré des salons raffinés de l’avenue Montaigne où l’on entendait le bruissement des étoffes, « le chant du vêtement », et les scénographies tonitruantes  dans des lieux publics que sont le Grand Palais ou les Tuileries. Les mannequins au sourire charmeur évoluaient dans des robes féminines, montraient une femme séductrice et heureuse. Christian Dior l’a écrit, il voulait « rendre les femmes belles et heureuses ». C’est pour cela que le New Look en 1947 avec son tailleur bar,  sa jupe corolle et sa veste cintrée a eu tant de succès après la période de restriction de la guerre. Équilibre, harmonie, élégance. Aujourd’hui, les mannequins se doivent de « faire la gueule » pour passer derrière la robe, marchent avec des chaussures démesurément hautes au risque de  les faire tomber, et  surtout « les pieds en dedans », les épaules rentrées ! Elles portent des postiches, parfois ridicules, le maquillage devient masque : l’excentricité, voire la vulgarité limite pornographie remplace l’élégance discrète : la femme disparaît derrière le vêtement qu’elle présente au profit du couturier. Elle devient un personnage manipulé par le créateur et non plus une personne. La femme n’est plus qu’un porte-manteau.

Y a-t-il un espoir au bout de ce tunnel ? C’est ce que nous verrons la semaine prochaine.

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