La prière

Pour vous parler du dernier film de Cédric Kahn, il faudrait faire deux colonnes : une colonne pour ce qui est réussi et une autre pour ce qui est raté.

Dans la première colonne il y a beaucoup de très belles choses. Thomas (Anthony Bajou) victime d’une overdose arrive seul en car dans une petite communauté au fin fond des Alpes pour vivre de travail, de prière et en retrait du monde, pour oublier la drogue, retrouver la santé  du corps et de l’esprit et repartir un jour en homme neuf.

Les débuts sont difficiles, très difficiles mais petit à petit dans une ambiance chrétienne de vraie attention aux autres, Thomas se calme et peut à son tour essayer d’aider ses compagnons d’infortune. Tout ça est très bien montré, accompagné de paysages somptueux, la musique et les chants sont très beaux, les dialogues sont limités à l’essentiel, les éducateurs sont vraiment à la hauteur, le prêtre a un discours vrai. Cela aurait suffi à faire un très beau film.

Dans la colonne de droite nous mettrons d’abord

– le titre. Ce n’est pas un film sur la prière. C’est l’histoire d’une rédemption, provisoire ou définitive, on ne sait pas, d’une re-naissance et la prière est ici un moyen pour relier ces cabossés de la vie à une transcendance inconnue d’eux, apprendre que le Christ et la Sainte Vierge les aime.

-Ensuite l’arrivée de Mère Myriam (Hanna Schygulla) qui est la fondatrice de l’œuvre dont dépend cette petite communauté. Elle vient visiter la maison, ne connait pas Thomas, son intervention est incompréhensible et ne peut que lui faire du mal. Ne pas se mentir demande de bien se connaitre, c’est un long travail, ça ne s’acquiert pas avec des claques.

-Lors d’une fugue, Thomas a fait la connaissance au village de la belle Sybille qui lui conseille très justement de remonter là-haut, pourtant un peu plus tard elle se jettera dans ses bras et nous avons droit à l’inévitable scène de lit que nous retrouvons si souvent dans les films et dans les romans, qui n’apporte absolument rien à l’histoire mais qui sacrifie à la mode.

-Enfin on regrettera ce « miracle » dans la montagne, un peu bêbête, comme si Dieu devait absolument se manifester directement pour qu’on accepte de croire en lui.

Alors vous jugerez vous-même du contenu de chacune des colonnes pour prendre votre décision d’aller ou non voir ce film.

On peut se demander ce qui a poussé Cédric Khan qui se dit agnostique, à traiter un tel sujet en un temps où toute transcendance est rejetée dans les poubelles de l’Histoire. Et il n’est pas le seul, les films à sujet religieux sont nombreux, comme si le spirituel, chassé de nos vies quotidiennes, revenait en force par des biais inattendus.

Entendre chanter « couronnée d’étoiles », voir des jeunes dire le chapelet, dans une salle de cinéma en ce printemps 2018, donne envie de se pincer, non tu ne rêves pas.

Haddocka

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