Zoom sur Fatma Bouvet de la Maisonneuve

FBMs femmes et alcoolisme, une expression de la souffrance au travail ?

Psychiatre à Sainte-Anne et spécialisée en addictologie, FBM a organisé en 2007 des consultations pour les femmes. Elle a découvert à quel point les femmes très actives professionnellement (les « hyperfemmes » comme elle les appelle) étaient vulnérables psychologiquement et succombaient à l’alcoolisme pour échapper au stress et à la discrimination sur leur lieu de travail.

Elle a publié en 2010 un ouvrage sur ce sujet :

Les femmes face à l’alcool. Résister et s’en sortir. Les femmes les plus atteintes par ce que la psychiatre considère comme une réelle maladie sont des personnalités fortement engagées dans tout ce qu’elles entreprennent. Créatives, perfectionnistes, elles souffrent d’une médiocre estime d’elles-mêmes dans une environnement professionnel où elles se sentent illégitimes. La psychiatre relie discrimination au travail et alcoolisme féminin, tout en constatant toutefois que les milieux les plus touchés sont ceux qui sont très féminisés et centrés sur les relations publiques et les contacts humains : communication, médias, enseignement…

FBM crée un blog un an plus tard : « femmes actives au bord de la crise ». Elle y dresse des constats déjà relevés depuis quelques années par ceux qui s’interrogent sur la place des femmes dans une société qui a connu la « libération de la femme ». Si on n’y apprend rien de nouveau sur le drame de la condition féminine, il s’agit là néanmoins du regard d’une thérapeute confrontée au quotidien à la souffrance intime des femmes « qui n’en peuvent plus ».

(http://blog.elle.fr/femmesactivesauborddelacrise/)

Sur un autre site, http://www.santefemmesactives.com, elle déplace le curseur du débat sur l’égalité homme/femme : au lieu d’évoquer l’aspect législatif de la parité, elle aborde la question d’un point de vue « médico-psychologique », et même, ce qu’elle interroge n’est pas la place de la femme, mais celle de la « féminité » dans notre société, rappelant ainsi qu’on ne peut régler la question de l’égalité homme/femme en évacuant les caractéristiques propres à chaque sexe. Pour combattre le mal-être des femmes, les réponses thérapeutiques individuelles ne suffisent pas, loin de là : il est nécessaire, selon elle, de s’attaquer au problème en revalorisant l’image de la femme dans le monde professionnel et en luttant contre les causes du burn-out féminin.

L’approche de FBM apporte effectivement un regard neuf sur la question : le combat pour la parité ne peut se limiter à une affaire de chiffres, il s’agit d’abord d’un enjeu de santé publique. Les politiques publiques et les chefs d’entreprise doivent prendre en compte les spécificités de la femme, ses atouts et ce que les managers considèrent comme ses « points faibles » (c’est-à-dire la maternité, les charges domestiques…), si l’on veut limiter les comportements déviants dont souffrent de plus en plus de femmes actives (alcoolisme, dépression, suicide…).

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