L’amour dans le cinéma muet

L’AMOUR DANS LE CINEMA MUET

Avec le récent succès du film «  The artist », les jeunes générations ont pu découvrir les premiers pas du cinéma, nouvel art apparu dès 1895 grâce aux Frères Lumière. A cette époque,  il s’ agissait simplement d’ animer des photos pour les faire parler. Dès le début les réalisateurs français ont un grand souci de l’ ambiance. C’est l’impressionnisme mis à l’écran. Et le cinéma muet maîtrise parfaitement les images et l’art du comédien est primordial. L’une des caractéristiques du cinéma muet c’est d’exalter le mystère féminin. Durant 20 ans jusqu’ à l’apparition du parlant de 1910 à 1930 , cette période caractérise l’âge d’or de la FEMME FATALE . Les jeunes femmes mettent en péril la condition masculine. Comment la femme transmet- elle l’amour à l’ écran ?

Anita Boido - 1925

Anita Boido – 1925

Le cinéma muet considère le « sexe » comme l’expression du mal , surtout aux USA . La femme était enfermée dans des règles qui étaient bien souvent faites d’obligations et d’ interdits. Désormais, c’est à travers leurs rôles au cinéma que les femmes vont pouvoir se découvrir de nouvelles identités et s’émanciper. Car auparavant, dans le schéma classique , la femme ne pouvait qu’être mère ou femme-enfant naïve, romantique, bref idiote! La situation va rapidement évoluer. De victime touchante, jeune fille séduite et abandonnée, épouse trompée et battue, elle va devenir traîtresse, adultérine, garce! L’image traditionnelle s’évapore. Elle doit lutter contre la méchanceté des hommes. La femme fatale va s’ imposer et devenir envahissante. Elle est désormais représentée comme un vampire (VAMP) sexuel !! Ses charmes doivent dévorer la puissance masculine .Cette fascination ancestrale remonte à Eve,  la tentatrice, qui a introduit le Mal dans le Paradis. Toute l’ histoire de L’HUMANITE va refléter le combat de l’ homme pour échapper à cet envoûtement. Ces vamps caractérisent une sexualité comme puissance de vie. Leur corps idéal révèle une âme d’acier. Ces stars ne parlent pas mais agissent. Mais elles ne se donnent jamais. Elles restent chastes. Les scènes de baisers sont rares. L’érotisme est à la fois manifeste et latent. Les vedettes vont faire déchoir l’homme en incarnant son rêve érotique. Mais à cette époque on montre sans montrer. Les producteurs sont  des exploiteurs de l’Amour féminin .

La caméra du début du siècle se préoccupait déjà des corps sensuels par les mouvements, les gestes et les émotions. Tout est mis en œuvre pour que l’attention visuelle du spectateur soit concentrée sur les ondulations du corps, les détails vestimentaires, les variations lumineuses, les accidents de l’ombre, l’expression du visage et du regard…Le jeu de la séduction est porté à l’écran. Les étreintes sont troublantes même aujourd’hui. La plasticité de ce cinéma excite notre inconscient. Leurs traits de visage attirent. Les contours des corps et leurs mouvements renvoient à des scènes d’amour de tableaux de grands maîtres: les visages, les épaules, les gorges, les démarches, les allures, le tombé de ces étoffes et les nudités cachées et exhibées par des voiles fluides, les nuages de ces chevelures sont mystérieux. Il fallait fasciner par l’image !!!!  Beaux minois,  jolies jambes , regard envoutant par un maquillage expressionniste, fume cigarettes… L’absence de parole favorise la magie du charme visuel et l’importance des poses.  La vamp a des conduites exubérantes pour l’ époque, car « il fallait savoir faire monter lentement du plus profond de soi, toute son âme dans ses yeux » comme dans la Symphonie nuptiale avec Eric Von Stroheim.  G.Machaty a également baigné ses personnages dans une atmosphère de nuées scintillantes, de fumées de cigares, de fourrures, de robes en satin, de blancheurs des visages. Greta Garbo est la «  vampe » par excellence avec ses voilettes, son maquillage et l’éclairage du visage… Pour parvenir à ses fins,  elle va bien sûr utiliser en premier lieu ses attraits physiques,  mais elle va user et abuser du mensonge, du chantage, de la contrainte, plus que du charme, jouant avec l’homme qu’elle est parvenue à déstabiliser en le laissant dans une incertitude telle qu’il en vient à être incapable de prendre des décisions cohérentes.

La stratégie de séduction passe parfois par une certaine candeur érotisée, où la femme se fait enfant comme Marie Pickford dans « Johanna ».  Mais elles restent de véritables Marie Madeleine où l’ homme n’a que des devoirs envers ce type de femme. Il fallait garder la tête froide car il lui était interdit d’ aimer. Les femmes du Muet caractérisent la pècheresse de l’Evangile, mais règnent sur l’ Empire Sexuel du star-system. Greta Garbo dans « La tentatrice » en 1926, représente la femme fatale, mariée, qui va séduire un architecte et un gangster.

Puis, durant les « années folles » qui suivirent la fin de la 1ère guerre mondiale, s’opère une véritable révolution physique et vestimentaire .Et le comportement de la belle va se masculiniser vers la fin du muet. Le corps de l’actrice est découpé en surfaces expressives, les yeux, le visage,  les mains, les jambes. Le langage du corps entre en actions. L’actrice déambule avec un déhanchement subtil et érotique en tournant autour de l’homme, la tête haute et le regard effronté, avec un maquillage outrancier et par un noir et blanc  contrasté. Finies également les longues robes à dessous froufroutants, corsets et guêpières, chapeaux monumentaux à jardins fleuris et voilettes, mitaines montant à l’ épaule, aux longues chevelures artistiquement coiffées  succèdent la coupe à la garçonne , cheveux blonds platine, maquillage cadavérique à l’ exception des rouges à lèvres  agressifs, robes raccourcies tombant tout droit sur des mollets recouverts de soie… La mode androgyne fait son apparition avec le début du pantalon. C’est « Conchita Montenegro » avec E.V. Stroheim. Dès le début du  cinéma parlant la « vamp » maléfique disparait au profit d’ un autre type de «  vamp », la femme est transformée en femme d’ action. Le cinéma muet s’essoufle…  Finis la poésie, le mystère. Avec l’arrivée du son, on s’ installe dans l’ère du classicisme qui s’attache à créer l’illusion d’un univers cohérent et homogène avec des stars auxquelles le spectateur s’ identifie plus aisément.  Le 6 octobre 1927 aux Etats Unis, c’est la grande première du « Chanteur de Jazz », film sonore et parlant. C’est le début alors de toutes les grandes comédies musicales avec Janet, Mac Donald, Joan Crowford… Ce mythe féminin a une fonction artistique  incroyable.  Mais la femme reste  un personnage souvent loin de son incarnation réelle. Arletty, Michèle Morgan, Simone Signoret puis plus tard Sophia Loren, Claudia Cardinale, Catherine Deneuve, Mireille Darc, Brigitte Bardot, Jeanne Moreau vont porter à  l’écran des amours tragiques, des mères maternantes, des bourgeoises déchues, des femmes incomprises, des rêveuses, des traîtresses, des femmes de tête. Puis vint Marylin Monroe avec son charme violent, perturbant, endiablé, vivant, passionné….mais ceci est une autre histoire. La femme dominatrice du MUET, restera une idéalisation qui rend la féminité inaccessible aux hommes……

Boit-sans-soif