Blanche de Castille

dans « Le roman de Saint Louis » de Philippe de Villiers. Editions Albin Michel.2013

I-Grande-14271-le-roman-de-saint-louis.net A travers ce livre mon propos sera de retrouver le rôle de Blanche de Castille dans la personnalité de Saint Louis : le rôle de Philippe –Auguste son grand-père paternel est évident mais au fil des pages celui de sa mère ne l’est pas moins. Né le jour de la Saint Marc en avril 1214, il devient le futur roi à la mort de son frère aîné, il a 4 ans.

Il y a d’abord son grand-père paternel, Philippe Auguste, qui a gouverné la France pendant 40 ans, a conduit une croisade en Orient, affronté l’Empereur Frédéric, bravé le pape. Avec lui le petit Louis,  qu’il appelle son « petit Charlemagne », prend conscience d’appartenir à la dynastie capétienne et carolingienne. .Philippe-Auguste lui parle aussi des exploits de son grand-père  maternel, Alphonse de Castille qui  remporta la bataille de  Las Navas de Tolosa, victoire sur les Maures . « Bouvines c’est la victoire contre le haut -baronnage .Et las Navas de Tolosa, c’est la Reconquista sur les Maures qui commence…Je prie le Ciel qu’il accorde à l’un de mes héritiers la grâce d’élever la France à la hauteur où elle était du temps de Charlemagne. …Ton père et toi vous allez régner dans un monde qui…s’étend jusqu’aux confins de l’Orient. »D’autre part, il le met en garde contre les Plantagenêts, « Protège les faibles. Ils te protègeront … »

 Philippe-Auguste meurt hélas en juillet 1223, Louis a 7 ans et assiste au sacre de ses parents à Reims. «ma mère devient la reine Blanche…éblouissante…noble, grave, fière, tenace…une âme généreuse…avait courage d’homme en cœur de femme…. Ayant vécu une enfance aux avant-gardes de la menace sarrasine, elle en  avait gardé l’humeur farouche et entée sur le roc. ..Elle avait une force de caractère à faire trembler un Maure…Elle était la reine dans les cœurs et avait pris la France dans le sien. » Il voit peu son père, souvent en guerre et  c’est  Blanche, une femme de devoirs, qui prend en main l’éducation de« ses petits Capétiens » et de sa fille Isabelle qu’elle surnomme « son trésor de Castille ».

Cette fière castillane a son franc parler et répète chaque jour à son fils « Un roi illettré est un âne couronné », elle veille à  ses lectures ( l’ Ecriture Sainte, celle des Saints, son psautier tiennent une grande place, mais aussi l’Arche de Noé toute enluminée et l’Histoire de France, les Lettres,  le latin,).

L’éducation religieuse tient la première place  pour cette fervente castillane qui a vécu la Reconquista espagnole. Louis assiste aux offices religieux quotidiennement. S’abandonne t-il à la tristesse devant le Christ mourant, elle lui rappelle «  La Chrétienté a inauguré un temps nouveau, le temps de la joie…la joie de vivre, la joie d’avoir un corps, d’avoir une âme dans ce corps et la joie d’exister. »

Plus tard elle lui dira « Il y a deux petits hommes en vous. Il faut les élever ensemble : le futur pasteur de la cité terrestre et le sujet de la Cité de Dieu. »Blanche de C

Très pieuse, à l’écoute des plus pauvres, elle protégera les frères  mineurs à Paris, les frères prêcheurs qui reviennent à l’essentiel :vivre la pauvreté de l’ Evangile, alors qu’à l’époque l’Eglise étale son opulence. Saint Louis se sentira proche de « ces nouveaux moines…secourant chaque jour des corps miséreux et les cœurs las ». Il découvre « le zèle des frères mendiants, un nouveau modèle de sainteté pour notre temps…je voulais couvrir la France d’un tapis historié de maisons-Dieu, de couvents, de maladredries…»Vincent de Beauvais lui assure avec les frères prêcheurs une éducation religieuse solide « La science ne nuit pas à la foi, elle l’éclaire et la fortifie. » Blanche l’encourage « Louis, mieux serait pour vous de périr que de commettre quelque péché mortel à escient… »  Louis verra les moines marcher pieds nus et c’est aussi ainsi qu’il se présentera le 10 Aout 1239  pieds nus à l’ entrée de Sens derrière les précieuses reliques…et plus tard devant Damiette « je voulais que tout le peuple regardât la majesté royale s’humilier devant les instruments de la Passion du Sauveur »: C’est Saint Louis qui fondera l’abbaye de Royaumont où il se plaira à aller en retraite, vivant comme les moines :« Je servais ».

Blanche encourage  les fondations et les monastères des dominicains et des franciscains : Saint Louis reconstruira Chartres, Reims, Amiens, Beauvais, il fera édifier la Sainte Chapelle «  je m’efforçais de mettre en œuvres les charités enseignées par ma mère…»

  Blanche sera toute sa vie attentive au petit peuple, aux miséreux et elle sera un exemple pour le roi. Elle accordera même une plus grande confiance aux soldats du peuple qu’aux armées des hauts barons. Elle insiste sur «  l’égalité des enfants de Dieu qui faisait de (Louis) le frère spirituel du serf…une égalité de chevalerie… » Autre qualité d’un roi : le don de soi, le don absolu, ce qui s’oppose à la superbia. « La royauté est d’essence sacrificielle » écrit Philippe de Villiers et Saint Louis en sera le plus bel exemple. Puissance, bonté et sagesse sont les trois piliers de la royauté. « La Bonté sans la Justice cesse d’être une vertu » lui enseignera le frère  Guérin et Blanche lui enseignera aussi les rouages de la justice féodale.

 Novembre 1226, le roi meurt, Louis a 12 ans. Effondrement de Blanche , veuve à 38 ans, mais elle se ressaisit, c’est une femme forte, courageuse. Elle organise rapidement la succession de Louis VIII c’est-à-dire le sacre de Saint Louis car, intelligente, lucide, elle  pressent le danger d’une éventuelle rébellion des barons ; elle réagit tout de suite, elle agit en reine, consciente de ses droits et de ses devoirs, de sa responsabilité, de son rôle à jouer auprès de son fils : Au courant de toutes les affaires du royaume, elle se bat sur tous les fronts, elle entend bien seconder son fils bien-aimé,  successeur légitime du roi pour qu’il accomplisse lui aussi ses devoirs. Mais elle le met en garde : « Il faut que vous appreniez à lire le fond de l’âme humaine » .Elle décide, malgré son jeune âge, de le faire assister à son premier conseil pour « le faire grandir en ses discernements ». Elle le met face aux réalités, elle le met au courant des conspirateurs qui ne veulent ni femme au pouvoir  ni d’un enfant. Elle lui montre les hommes ambitieux, prêts à tout pour prendre le pouvoir. C’est une femme droite qui ne supporte ni la flagornerie ni la félonie. Elle apprendra à son fils à faire de même, à discerner le bien du mal, à rechercher les vraies valeurs de franchise, de générosité et aussi de fermeté. Elle lui apprend à mépriser les fausses rumeurs qu’elle préfère laisser mourir de leur belle mort, dans un profond mépris.

Elle connaît le protocole : On ne naît pas chevalier et pour être roi il faut être chevalier .Elle organise  donc son adoubement selon les règles et ce, malgré l’hostilité des barons. « Elle ne prenait conseil qu’auprès des preux de Bouvines et prud’hommes des seigneuries fidèles. »Elle sait reconnaître la valeur de chacun pour lui accorder sa confiance et déjouer les pièges des hommes. L’adoubement est un moment crucial dans la vie de Louis. Il reste seul dans la cathédrale de Soissons, seul face à son destin. Il découvre des signes du Ciel : la grande verrière lui montre le songe de Salomon, plus loin l’image de Jésus  qui avait aussi 12 ans face aux docteurs du Temple…Puis c’est le sacre à Reims, solennel,  riche de symboles : Seul pour « renaître à moi-même et devenir un autre…mon enfance touche à sa fin.. » reconnaitra Louis qui promet de «  prescrire pour toujours , pour le peuple , l’équité et la miséricorde… de maintenir la foi. » Il reçoit l’anneau, « insigne de la dignité royale et signe de l’union conclue entre Dieu et le peuple de France ». « Dieu te ceint de la couronne de gloire et de justice ».

Les épreuves commencent mais Blanche saura toujours prendre vite la bonne décision « la reine fauve sortit ses griffes » écrit l’auteur et elle entraîne son fils qui chevauche à côté d’elle dans sa première bataille, il n’a que 13 ans.  « J’apprenais à commander ou plutôt à répéter les ordres qu’on me soufflait à l’oreille ». Victoire de Bellême sur les rebelles « Voilà ce qu’est capable de faire une chivetaine de Castille. » C’est en accompagnant son fils sur le terrain, en lui donnant l’exemple qu’elle élève son fils, c’est avec la conviction et le courage qu’on gagne. Pour autant, elle ne lui a pas fait courir de dangers inutiles et lorsque Louis lui dit, étonné, « mais je n’ai fait que regarder les autres se battre », elle lui répond « Dans la vie d’un prince, seul compte le moment de la première confrontation : premier coup d’œil, première flèche, première victoire : Les barons,  eux, désormais y regarderont à deux fois  avant de s’approcher de vous. » Dés 16 ans Louis a compris qu’il faut « faire sentir aux humbles que la Couronne n’est l’apanage de personne, sinon du peuple…celui de Bouvines,… de Bellême… ».

Louis a 20 ans, Blanche se sentant vieillir, affligée par la mort de deux de ses enfants lui passe le pouvoir en lui disant « J’ai servi ainsi qu’une reine doit servir…je n’ai aimé que deux choses au monde : la France et mes enfants…Je vous ai élevé comme un cèdre. Vous en avez la taille, les épaules, la noblesse, et les racines. C’est à vous de régner ».

Le mariage de Louis et de Marguerite à Sens

Le mariage de Louis et de Marguerite à Sens

Mais il reste encore une chose à régler : le mariage de Louis. Blanche pense à Louis sans oublier les intérêts du Royaume.  « Elle ne voyait qu’avantage à soustraire à l’Empire les domaines de Provence. » Blanche s’occupe de ce  mariage qui doit être éblouissant. Ce choix judicieux se révèlera très heureux,  Marguerite  de Provence fera tout le bonheur de Louis et lui donnera de nombreux enfants et comme sa belle –mère,  secondera le roi  à chaque fois que cela sera nécessaire. Blanche s’occupera ensuite des mariages d’Alphonse et de Robert, toujours avec le même sens diplomatique.

 Plus tard face à Henri III, roi d’Angleterre,  elle dira à son fils « Il faut s’inviter chez l’ennemi et mettre le couvert à table, avant qu’il ne s’invite à cuire son pain chez vous. ». Louis comprendra la leçon  « Je rendais grâces à ma mère qui m’avait appris l’art de la guerre… »

 Lui aussi se montre courageux au milieu des batailles …mais il est une autre bataille  que Louis voudra et devra livrer : plus importante encore que la conquête des armes, il faut faire la conquête des âmes. Délivrer Jérusalem aux mains des Infidèles depuis 36 ans, le roi décide, malgré les réticences de sa mère,  de partir en croisade. Il a 30 ans. Inquiétude de Blanche qui cherche à retenir le roi dans l’intérêt du royaume : Rencontre du roi avec le pape en novembre 1245, à Cluny, Blanche est encore présente et en sage conseillère,  elle prévient son fils « Face à cet apôtre là, il ne faut pas hésiter à montrer sa force- qui est une vertu- sinon il vous piétine de sa mule papale » Respectueuse du pape mais pas dupe !

Blanche accompagnera le roi quelques jours en pèlerinage pour la Terre Sainte. Les adieux à sa mère à Corbeil sont déchirants, Blanche s’évanouit par deux fois, Louis lui exprime  toute sa confiance en la laissant conduire   les affaires du royaume et ses trois jeunes enfants et toute sa reconnaissance pour ce qu’elle a fait pour lui, tout son amour pour elle « je la vénérais » avouait-il.  Mais à 56 ans, Blanche « a le regard tragique d’une Mater Dolorosa » et dit  «  Vous m’avez été le meilleur fils qui jamais  fût à sa mère ! » mais « Mon instinct de mère m’enseigne que je ne vous reverrai plus…  » Cette fois encore elle ne se trompe pas.

Ce portrait de femme vertueuse qui a su  accepter et traverser les épreuves avec courage est encore aujourd’hui un modèle pour toutes les femmes. Chacune d’entre nous n’est-elle pas la reine de son foyer, ayant à charge d’élever ses enfants, de leur transmettre au-delà de la vie les valeurs auxquelles elle croit profondément pour les faire passer de leur condition d’enfant à celle d’homme ou de femme adultes.

Mille sabords

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