FAMILLE , PROCRÉATION ….LES PIONNIERS DOUTERAIENT ILS ?

image« La fabrication d’un enfant sur mesure m’inquiète ».

Ainsi s’exprime Jacques Testart dans une interview au Journal du Dimanche  le 1° mars dernier, à l’occasion de la sortie de son livre  » Faire des enfants demain » ( éditions du Seuil ). Les propos de ce biologiste à l’origine en 1982 de la naissance d’Amandine, premier bébé éprouvette et qui se dit athée et de gauche ne manquent pas d’étonner. Il dénonce d’abord le recours de plus en plus fréquent et abusif à la fécondation in vitro, édictant comme une précaution élémentaire de limiter ces techniques à ceux qui en ont réellement besoin. De même s’insurge t-il contre les mères porteuses notamment pour les couples d’hommes :  » C’est de l’esclavage! « .
Sur l’anonymat pratiqué dans les banques de sperme :  » Au delà de la détresse des enfants sans origine, la médicalisation de l’insémination artificielle a ouvert la porte à l’eugénisme ».  Allant même jusqu’à comparer cet  » appariement de couples reproducteurs  à la imagesélection pratiquée sur les bovins ! ».
Et de prédire dégâts psychologiques et catastrophes si l’on continue à fabriquer à tout va des enfants sur mesure, faisant en quelque sorte du clonage social .

Un entretien décapant, qui peut être dans une certaine mesure mis en parallèle avec un autre ouvrage paru en 2006, « pilule, sexe et ADN, 3 révolutions qui ont bouleversé la famille  » ( éditions Fayard) . Son auteur Evelyne Sullerot fut une des cofondatrices en 1956 du mouvement baptisé « Maternité heureuse » qui devint peu après le Planning Familial….avec pour but essentiel à l’époque, la défense de la contraception pour lutter contre les avortements très nombreux malgré leur interdiction, beaucoup de femmes y laissant leur vie .

Une triple révolution pour la famille

Premier intérêt de cet ouvrage, son côté historique. Evelyne Sullerot détaille toute la politique familiale de la France après la fin de la seconde guerre mondiale, véritable socle pour les Trente glorieuses. Les jeunes cherchent alors la stabilité, l’union officielle reste le fondement de la société, on divorce très peu et surtout dans les couples sans enfants. Les allocations familiales représentent alors 45 pour cent du budget social de la France et on fait 2,9 enfants par femme .
En l’espace de trois décennies, la famille va ensuite subir une triple révolution. Ainsi, à partir de 1965, la révolution contraceptive va faire chuter le nombre d’enfants par femme puis après 1975 c’est la révolution sexuelle qui va affecter la forme et la durée de la famille. Enfin, à partir de 1985, la révolution génétique va scientifiquement attester et garantir la filiation paternelle jusque-là seulement supposée et définie par le droit .
Mais le plus intéressant de son analyse réside dans la constatation d’effets pervers induits par ces révolutions, même si elle les juge par ailleurs positives .  » Si on radicalise la contraception, si on n’accepte que les enfants expressément voulus et programmés…..la France rejoindra le peloton des pays condamnés à faire venir des bébés ….d’ailleurs » écrit-elle par exemple. Elle n’hésite pas non plus à pointer du doigt ce qu’aujourd’hui on tente de minimiser voire de dissimuler, comme la souffrance des enfants dont les parents se séparent, avec des conséquences sur leur santé physique ou psychique, ou encore les utilisations mercantiles de la recherche génétique .
Même si Evelyne Sullerot, que l’on ne peut accuser d’être réactionnaire ou conservatrice, défend des points de vue parfois très progressistes, elle n’en reste pas moins très mesurée et critique dans son analyse et fait la part des choses sans langue de bois. Son ouvrage très documenté montre bien à la fois les effets positifs d’une politique familiale ambitieuse et la perversité de certaines mesures souvent présentées comme allant dans le sens du progrès . A lire et à relire pour argumenter face au politiquement correct d’aujourd’hui.

A bon entendeur….

Bachi Bouzouk