Germaine de Staël

Par Erik Egnell, Editions de Fallois, 2013germaine de stael

C’était du temps où les femmes ne faisaient pas de politique. Mais leur influence n’en était pas moins grande.

Lors d’un entretien, Bonaparte lui dira: « Madame, je n’aime pas que les femmes se mêlent en politique. »

Elle répondit:  » Vous avez raison Général, mais dans un pays où on leur coupe la tête, il est naturel que les femmes aient envie de savoir pourquoi ».

Livre passionnant où l’auteur fait le portrait d’une femme, fière d’être une femme et dont la première passion fut la politique.

Ses atouts :

1) Sa naissance en 1766 dans un milieu lié à la politique puisqu’elle est la fille unique de Necker, riche banquier genevois qui achète le château de Coppet près de Genève qui sera toujours pour Germaine le refuge lorsqu’elle sera persona non grata en France. Ministre de Louis XVI, Necker  présentera sa fille à Marie-Antoinette en 1787, elle a 18ans, elle rencontrera là les hommes de pouvoir et les ambitieux. La politique devient sa passion.

2) Son mariage presque « politique » avec Erik-Magnus de Staël-Holstein, vieille famille suédoise aristocratique ruinée mais qui fréquente la cour du Roi Gustave III.
«La jeune Madame de Staël va se trouver plongée dans la politique française par son père et dans la politique internationale par son mari… Elle apprend à pénétrer les événements de son temps et à les juger. »

3) Vivre la Révolution française à 23 ans puis le Consulat et l’Empire.
Le 5 mai 1789 Necker est ovationné à l’ouverture des Etats Généraux et est au cœur de la vie politique française. Germaine relate tous les évènements qu’elle vit avec lui. Elle se veut inspiratrice de la France nouvelle et une combattante de toutes les libertés. Elle entend Mirabeau, Sieyès, Danton, Robespierre… Elle connaîtra la prise de la Bastille, l’adoption de la Constitution civile du clergé, la chute de la Royauté, l’exécution de Louis XVI et de Marie-Antoinette, la chute de Robespierre, le Directoire, le sacre de Napoléon Ier, ses victoires, ses défaites et son abdication. D’Angleterre, elle dénoncera avec force toutes les folies de la Terreur, « les principes de la tyrannie » de Robespierre qui aura l’audace d’inventer le culte de l’Etre suprême.

4) Désenchantement conjugal et consolations.
Cette femme passionnée de politique mais délaissée par son mari se consolera en animant, comme sa mère un célèbre salon où se rencontrent les hommes les plus influents (Talleyrand, Sieyès, Bernadotte…) et les plus grands esprits de son temps. Et c’est là que dès 20 ans notre Germaine va exceller. Ambassadrice de Suède, elle saura toujours attirer à elle les beaux esprits, les écouter et les mettre en valeur. Ce salon qui irritera tant Bonaparte qu’il finira par l’exiler de Paris. Elle est née pour parler et pour écrire (pièces de théâtre, critiques littéraires, articles politiques dans les journaux). En 1791, elle publie dans l’Indépendant un article: « A quels signes peut-on reconnaître quelle est l’opinion de majorité de la nation ? » En Août 1793 madame de Staël publie ses » Réflexions sur le procès de la reine par une femme« . En 1795 elle rédige avec Benjamin Constant: « Réflexions sur la paix intérieure« ; en 1798 elle travaille à: « Des circonstances actuelles qui peuvent terminer la révolution« ; en 1810 elle commence à écrire: « Considérations sur les principaux évènements de la Révolution Française. »
Pour madame de Staël « la politique, ce sont des idées à faire triompher et des hommes pour les faire triompher ». Et les hommes elle a l’art de les choisir et de les séduire: Elle sera la maîtresse de Louis de Narbonne, du comte Adolfe de Ribbing, puis coup de foudre pour Benjamin Constant, elle publie à Lausanne: « De l’influence des passions sur le bonheur des individus et des nations« . En 1810 maîtresse de John Rocca, elle l’épousera  et lui donnera un fils à 45 ans !

5 ) Personnalité de madame de Staël
C’est d’abord une femme de lettres qui adore la conversation et dont l’occupation favorite est l’écriture. Elle est surtout une femme de son temps, à l’écoute des autres, à l’affût de toutes les idées nouvelles. Elle se sait pas très jolie mais prend sa revanche par son esprit. Elle est viscéralement parisienne car elle sait que tous les évènements importants se passent à Paris.
Un caractère passionné, une capacité de travail exceptionnelle, une vitalité sans pareille, si l’on songe aux nombreux voyages qu’elle entreprendra dans toute l’Europe pour répandre ses idées. « Génie mâle dans un corps de femme » dira plus tard Lamartine. C’est une militante acharnée qui ne renoncera jamais à ses convictions.
Une patriote fière et une grande Européenne. Exilée par l’Empereur, elle découvre l’Europe (l’Italie, l’Allemagne, l’Autriche, la Russie, la Suède) où elle est reçue par tous les monarques. Elle ne se laisse jamais abattre, toujours prête à rebondir comme nous dirions aujourd’hui. Elle analyse, argumente et propose des solutions pour l’avenir. Elle admire l’Angleterre dont la constitution est un « chef-d’œuvre de la raison et de la liberté » . Elle accuse Napoléon de mystificateur, de calculateur, dénonce son  despotisme, son mépris de la race humaine, sa cruauté .
Déchéance de Napoléon, rétablissement des Bourbons. Mme de Staël rouvre son salon à Paris où elle reçoit le tsar, Wellington, Talleyrand et Fouché. « Ceux qui sont hors du gouvernement agissent plus sur l’opinion que le gouvernement lui-même, et par conséquent prévoient mieux l’avenir…le despotisme, aussi bien que la liberté, se prend et ne s’accorde pas. » Retour de Napoléon, retour à Coppet qui redevient un pôle de la résistance au pouvoir en place. Elle fait l’éloge des despotes éclairés du XVIII°, Frédéric II, Marie-Thérèse, Catherine II. La France libérée des ultras, Germaine rentre à Paris où elle reçoit le Tout-Paris politique. Mais elle tombe gravement malade. « Les grands intérêts de l’ humanité, la liberté, la religion, la patrie, étaient sa préoccupation habituelle. ». Elle continue à suivre les évènements quotidiens, à écrire et à recevoir tous les jours et elle s’éteint le 14 juillet 1817, héritière du siècle des Lumières et annonciatrice des temps modernes. Une femme exceptionnelle !

Mille sabords !

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