Mademoiselle Paris

Elle n’aura pas les honneurs de notre rubrique « Portraits » parce que nous ne savons presque rien d’elle hormis qu’elle avait environ 25 ans en Thermidor de l’an II (juillet 1794).

Pourtant si nous voulons en parler ici  c’est parce que cette jeune fille toute simple a été  le maillon indispensable, presque malgré elle, de cette longue chaine du souvenir qui nous permet encore aujourd’hui de nous recueillir en un lieu qui aurait pu disparaitre à tout jamais . Et il nous plait de mettre à l’honneur ces femmes qui ne faisant que leur devoir, auprès des vivants ou des morts, ont écrit une belle page de notre Histoire.

Le père  Paris et son fils ont été arrêtés et guillotinés. Alors que le « bon » peuple de Paris se régale de voir mourir mais se fiche de connaître la suite, notre Antigone veut absolument savoir où ont été jetés les corps mutilés de son père et de son frère. Elle suit les charrettes dégoulinantes du sang des victimes  et c’est ainsi qu’elle découvre les fosses où sont rassemblés les corps. Pendant des années, elle viendra tous les dimanches et par tous les temps s’incliner sur la tombe de ses chers défunts ?

A son retour d’exil en 1802 la marquise De Montagu, née Pauline de Noailles retrouvera Mademoiselle Paris pour apprendre d’elle où sont ensevelis les corps des membres de sa famille guillotinés huit ans plus tôt.

On fera tout pour racheter ces parcelles et en faire un lieu de souvenir jusqu’à aujourd’hui.

Florence de Baudus, elle-même descendante d’un de ces suppliciés nous raconte dans un beau livre :

Le lien du sang aux Editions du Rochercouverturedebaudus

cet  incroyable épisode de notre Histoire de France où pendant deux mois on exécute à tour de bras jusqu’à la fin tragique du bourreau lui-même  le 9 thermidor (27 juillet 1794).

C’est aussi l’occasion de découvrir ce cimetière de Picpus bien caché derrière la lourde porte du 35 rue de Picpus, havre de paix derrière la chapelle où sont gravés les noms des mille trois cent six hommes et femmes, nobles et roturiers, jeunes et vieux, inconnus ou connus comme les carmélites de Compiègne, le poète André Chénier ou le général de Beauharnais (premier mari de Joséphine) , victimes du Tribunal révolutionnaire et de sa barbarie.

Un beau livre et un beau pèlerinage pour les passionnés d’Histoire et les amoureux de Paris.

Haddocka