Les femmes et la mode

Méfiez vous des apparences !

S’habiller, c’est renvoyer une image de soi

Parler mode n’est pas parler seulement  chiffons. S’habiller a toujours été une nécessité pour l’homme et la femme : initialement pour protéger son corps des conditions climatiques puis pour montrer son statut social. Observer les fluctuations de la mode, c’est reconnaître les mutations  sociales et c’est aussi en cela qu’elle est intéressante. Par exemple : Le vêtement de travail porté aux USA, le jean, va être rapidement adopté par la jeunesse étudiante en 1968 qui en fera un symbole de rébellion facile à porter et qui va presque à tout le monde. Il devient presque un uniforme (accompagné des sempiternelles baskets !) .En choisissant de porter un « jean » troué, la jeune fille veut donner une image d’elle et veut faire passer un message. Par ce choix, elle montre clairement sa révolte  et sa volonté  d’attirer l’attention sur elle, d’affirmer sa personnalité, voire de choquer. Elle  montre qu’elle, rebelle, est capable de porter quelque chose  de différent de sa mère, voire d’indécent. S’habiller n’est donc pas anodin puisqu’il renvoie de la part de celle qui s’habille une image d’elle-même.

coco chanel

Coco Chanel en costume marin

 La société change, le rôle de la femme aussi, la femme au travail remplace la femme au foyer. La modestie et la discrétion ont fait place de nos jours à la volonté de se faire remarquer, voire de provoquer.  Autre exemple : De nos jours avec l’émancipation de la femme et sa « libération », sa volonté de s’habiller comme un homme signifie quelque chose de plus profond, signifie la volonté d’être l’égal de l’homme.

Etre l’égal de l’homme en s’habillant comme lui

Depuis plusieurs décennies, nous assistons à un détournement du vestiaire masculin. En temps de guerre lorsque les femmes ont dû remplacer leurs maris partis au front, lorsqu’elles ont dû se déplacer à bicyclette, elles n’ont pas hésité à porter le pantalon, mais il était large, confortable ;  c’est une situation exceptionnelle qui les a poussées à adapter leur vêtement à la situation afin  de rester décentes. Cette adaptation à la situation devrait être une règle : Ensuite lorsque les femmes se mettent au sport, elles adoptent le pantalon (golf, au ski, équitation). De nos jours, le pantalon fait partie  intégrante de la garde-robe féminine mais tout est dans l’art de le porter. Lorsqu’en 1920 Coco Chanel arbore les planches de Deauville en pantalon de marin, c’est sans doute un peu de provocation, une certaine revanche sur les hommes  qui avaient la chance de pouvoir porter des tenues élégantes et confortables. Mais c’est surtout pour libérer la femme du corset, lui donner cette liberté et ce confort que Coco Chanel propose dès ses premières collections le pantalon et la marinière et elle en fait de nouveaux symboles de l’élégance féminine.

Yves Saint Laurent reprendra le style marin en 1966 : caban, pantalon à ponts, motifs d’ancre sur les pulls, rayures matelots. Plus tard il  ira plus loin en inventant le premier tailleur –pantalon appelé smoking. Succès fulgurant porté par des actrices comme Catherine Deneuve au sommet de sa carrière. Ce smoking pour femme est déjà une révolution ; il ne s’agit plus de proposer un vêtement adapté à une situation car le  soir la femme a toujours eu des robes de soirée pour accompagner un homme en smoking. Il s’agit en fait de proposer à la femme ce que l’on a toujours réservé à l’homme, de mettre sur le même plan l’homme et la femme. Mais le génie d’Yves Saint Laurent est d’avoir su,  pour rendre le smoking élégant sur une femme,  l’adapter à sa morphologie. Le smoking pour la femme est savamment coupé et adapté au corps féminin même si en apparence il y a interchangeabilité.

Décence et pudeur

 Choisir sa robe ou son pantalon en fonction de sa morphologie est essentielle pour rester élégante. On peut être aussi élégante en pantalon qu’en robe.

Il faut aussi savoir de nos jours choisir son vêtement adapté à la situation dans laquelle on se trouve.  En effet, on ne va pas habillée à l’Opéra comme on va au marché. L’un et l’autre requiert du bon sens. Aller au marché en manteau de vison est tout aussi inadapté qu’aller en jean à l’Opéra! Mais de nos jours tout semble hélas possible, tout semble  permis. Il n’empêche qu’on ne rentre pas non plus dans un lieu de culte comme sur un court de tennis. La liberté vestimentaire est une bonne chose tant qu’elle respecte les limites de la décence et de la pudeur.

Androgynie et confusion des genres

Récemment, on a vu lors de défilés chez Jean-Paul Gauthier des jupes pour hommes. Ceci aboutit à une androgynie du vêtement laissant croire à uneinterchangeabilité des deux sexes. Certes les Ecossais portent  des kilts mais ce n’est pas pour choquer, c’est une tradition qui correspond à leur culture. La publicité importante qui accompagne les tendances de la mode dans les médias, et qui met en exergue ces corps androgynes n’est pas innocente. Le mannequin est-il un homme  ou une femme ?

On ne peut dissocier le vêtement de l’image qu’il véhicule.

Cette volonté  chez les créateurs  d’habiller la femme comme un homme  manifeste au-delà du vêtement une confusion des genres. Ne risque- t- elle pas de brouiller les pistes?

A nous  de résister aux diktats de la mode, de montrer nos différences et nos complémentarités et bien sûr  de garder notre féminité…

Mille sabords