Edith Stein

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Féministe de la première heure

Pas facile de résumer la vie d’Edith Stein, tant elle est riche d’expériences et d’engagements peu communs pour son époque et tant elle est originale par son cheminement intellectuel, philosophique et religieux. C’est cet itinéraire qui l’amènera à être une pionnière en matière de féminisme, qu’elle saura décliner à la lumière de la foi profonde qu’elle a en Dieu.

Née dans une famille juive le 12 octobre 1891, à Breslau dans l’empire allemand d’avant-guerre, elle mourra le 9 août 1942 dans les chambres à gaz d’Auschwitz . Un destin tristement semblable à d’innombrables autres …. Et pourtant entre ces deux dates, Edith Stein aura un parcours des plus étonnants .

Son père meurt alors qu’elle n’a pas trois ans et qu’elle est la dernière d’une famille de 10 enfants . C’est sa mère, très religieuse, qui l’élèvera, menant de front son rôle de mère de famille nombreuse et de chef d’entreprise pour faire vivre ce petit monde . Edith se révèle très douée pour les études, à une époque ou les filles vont enfin avoir le droit d’aller au lycée et de passer le baccalauréat . Elle reste néanmoins indifférente à la religion juive même si elle en observe scrupuleusement tous les rites .

Elle renoncera provisoirement à son grand appétit de savoir à l’âge de 15 ans, pour aller aider une de ses sœurs qui vient d’avoir un enfant. Et elle reprendra brillamment ses études trois ans plus tard, découvrant alors la philosophie, en même temps qu’elle s’engage en politique en intégrant un mouvement féministe qui lutte pour le droit de vote des femmes et réclame l’égalité totale entre les deux sexes . Elle prend conscience à cette époque, sans doute en partie influencée par l’expérience de sa mère, de l’évolution de la société et des changements de mentalités qui font notamment que la femme ne peut plus être cantonnée à son rôle traditionnel d’épouse et de mère. C’est aussi à partir de ce moment là qu’elle se déclare athée, arrête de prier et de pratiquer . Mais sa recherche de vérité est intacte …

À la recherche de la vérité

Elle obtient son baccalauréat et à 20 ans entre à l’université . Langues, histoire, psychologie, philosophie…autant de matières qu’elle étudiera alors avec joie . C’est à cette époque qu’ elle commence à s’intéresser à la phénoménologie, qui consiste,  si l’on veut tenter de résumer, à comprendre l’essence des choses par la conscience . C’est Husserl qui donnera à cette conception ses lettres de noblesses en affirmant notamment qu’il est impossible de dissocier l’objet et la conscience, celle-ci étant toujours la conscience de quelque chose. Cette démarche philosophique s’efforce de décrire les choses et le monde tels qu’ils nous paraissent afin d’en dégager un sens existentiel.

Puis arrive la première guerre mondiale, l’obligeant à mettre entre parenthèses ses études . Elle décide alors de devenir infirmière, en obtiendra le diplôme et officiera dans un hôpital autrichien dans le cadre de la Croix Rouge. Son dévouement lui permettra d’obtenir la médaille de la bravoure .

Elle reprend ensuite ses études afin de préparer une thèse, tout en devenant professeur. Elle sera l’assistante d’Husserl de 1917 a 1919, et deviendra la première femme allemande docteur en philosophie .

Et pendant toute cette période, elle ne cesse de chercher la vérité . C’est grâce à la phénoménologie, comme beaucoup de ses concitoyens qu’elle parvient a renouer avec Dieu .  » Dieu est la vérité . Qui cherche la vérité cherche Dieu, qu’il en soit conscient ou non » , écrit-elle .

C’est à l’âge de 30 ans,en 1921, qu’elle se convertit à la religion catholique . Elle reçoit le baptême le 1er janvier 1922 et déjà songe à devenir carmélite . Mais sur les conseils de son père spirituel , elle professe dans un grand centre de formation des enseignantes religieuses et laïques . À cette époque elle défendra avec ferveur l’idée européenne . En 1933, elle entre au carmel de Cologne ou elle deviendra sœur Bénédicte de la Croix un an plus tard ,avant de prononcer ses vœux perpétuels en 1938 . Le 2 août 1942, elle est déportée à Auschwitz, où elle sera gazée avec l’une de ses sœurs 4 jours plus tard .

Un féminisme sous le regard de Dieu

Béatifiée par Jean-Paul II le 1er mai 1987, elle est canonisée en 1988 puis proclamée co-patronne de l’Europe le 1er octobre 1999 .

Itinéraire exceptionnel peu connu en France dont l’une des particularités est d’avoir innové quant à la conception de la femme dans un monde ou le féminisme n’en était qu’à ses premiers balbutiements . C’est sous le regard permanent de Dieu et avec la Vierge Marie comme modèle ,que les femmes doivent s’adapter aux nouveaux rôles que l’évolution de la société les poussent à exercer.  Elle veut sortir la femme de la maison , terrain d’action devenu trop étroit . Mais c’ est à côté de l’homme et non à sa place qu’elle doit agir et il est essentiel que les deux sexes prennent conscience de leur totale complémentarité .

Ceci étant dit, aucune femme n’est que femme et n’est plus seulement épouse et mère. Chacune a ses dispositions particulières, ses propres talents pour telle ou telle activité artistique, scientifique ou technique . En principe tous les domaines, même ceux qui n’ont rien a voir avec la spécificité féminine peuvent être explorés par les femmes . La foi doit leur permettre d’apporter leur vision particulière dans le monde du travail, charité et ouverture au prochain en étant les deux piliers .

C’est donc par l’éducation que la femme arrivera à « s’émanciper » . Une éducation là encore placée sous le regard de Dieu qui doit lui permettre de faire fructifier ses dons naturels . Ouverture à la foi, éducation au discernement afin de prêter attention aux signes par lesquels la volonté de Dieu se manifeste afin de pouvoir lui obéir….c’est la base sur laquelle les revendications féministes chères à Edith Stein depuis toujours, deviennent compatibles avec les exigences chrétiennes .

Toute cette théologie catholique de la femme a été développée lors de nombreuses conférences aujourd’hui publiées en français (La femme cours et conférences par Edith Stein, CERF édition du carmel) et dit- on a même inspiré Jean-Paul II pour l’écriture de la lettre apostolique sur la dignité de la femme …

Bachi-Bouzouk