Zhu Xiao-Mei

La Rivière et son secret – 2007 Editions Robert Laffont

Que vous soyez musicien ou non, vous vous laisserez emporter par « la Rivière et son secret », récit autobiographique de Zhu Xiao Mei, grande pianiste chinoise de renommée internationale.

Si Zhu Xiao-Mei n’était pas née avec la proclamation par Mao Zedong de la République Populaire de Chine en 1949, ses dons exceptionnels l’auraient portée naturellement au sommet de son art.

Elle commence à jouer du piano à trois ans et dès l’âge de huit ans donne des concerts. Mais c’est sans compter avec la Révolution Culturelle chinoise orchestrée par les époux Mao. De camp de rééducation en camp de destruction mentale, le Livre rouge a remplacé les partitions. Plus de musique, une extrême dureté des conditions de vie. La personnalité de Zhu Xiao -Mei est broyée avec toutes ses bassesses, dénonciations, reniements…

« la Révolution Culturelle : la Chine est pauvre et blanche mais sur une page blanche, on peut écrire les plus beaux poêmes . En guise de poême : vingt millions de chinois mourant de faim officiellement : la sècheresse dans le Nord en aucun cas la folie de Mao »

Zhu Xiao Mei est passée de Mozart à Mao mais un accordéon oublié sur une table d’un camp va la projeter à nouveau de Mao à Mozart. Déclic qui avec une force de caractère et une volonté peu commune, lui permet d’être à nouveau toute entière habitée par la musique. Elle réussit à trouver des partitions (véritable trésor de guerre) et à faire venir par des moyens improbables son vieux piano sur lequel elle travaille inlassablement jusqu’à son départ définitif des camps à la fin de l’hiver 1974.

Rattraper le temps perdu est alors l’unique but de la jeune chinoise. Un travail sans relâche avec la certitude d’un départ : elle a 30 ans et quitte la Chine en 1980. Malgré ses dons hors du commun, aucun tapis « rouge » ne se déroule devant elle. La méconnaissance de la langue anglaise, l’accumulation de petits travaux pour subsister, les difficultés administratives, de Hong Kong au x USA en passant par Paris, inlassablement, Zhu Xiao- Mei travaille.

En 1988, un concert à Saint Julien le Pauvre sera son premier vrai succès public et en 1990, l’enregistrement des « Variations Goldberg «  de Bach , le point de départ de sa carrière internationale. Elle a quarante ans : « les chinois considèrent que la vie commence à quarante ans » Depuis titulaire d’un poste au Conservatoire national de musique de Paris, elle donne régulièrement des concerts.

« La vraie liberté est en soi » : tout au long du livre, on sent la force intérieure de Zhu Xiao Mei. Ses phrases sont courtes, il n’y a pas d’étalage de sentiment. Certains diront que le style est plutôt plat, peut-être est-ce simplement de la pudeur asiatique.

À la fois une histoire de la Chine, une réflexion sur le totalitarisme, un cours de musique…En fait : une véritable leçon de vie.

Moussaillon

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