Geneviève de Gaulle Anthonioz

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LE REFUS DE L’INACCEPTABLE

Moins connue que son illustre oncle, le Général de Gaulle, Geneviève de Gaulle n’en a pas moins eu une vie exemplaire à bien des égards. « Je ne crois pas qu’il faille chercher à avoir une grande vie ou un grand destin. Il faut essayer d’être juste ». Ainsi définira t- elle l’objectif qu’elle s’est fixé et qu’elle cherchera à atteindre tout au long de son existence
Une existence qui débute le 25 octobre 1920 dans le Gard. Enfance heureuse jusqu’à l’âge de 4 ans et demi où elle doit faire face à la mort de sa mère et a la douleur de son père qu’elle tente malgré son jeune âge d’accompagner dans cette terrible épreuve.
Les années passent néanmoins, avec une éducation fondée sur la foi et des valeurs profondes intangibles parmi lesquelles le respect de l’autre et l’amour de son pays.
Tout naturellement, en 1940, elle s’engage dans la Résistance, sous le nom de Germaine Lecomte. L’occupation allemande lui est en effet insupportable: « Ce qui était inacceptable c’était l’humiliation, la lâcheté, c’était le fait qu’on ne se battait pas, qu’on prenait le parti de se soumettre sans coup férir à la loi d’un vainqueur qui n’était d’ailleurs pas le vainqueur. On doit se battre jusqu’au bout contre un ennemi pareil » témoignera t-elle dans le livre que lui a consacré Caroline Glorion (Geneviève de Gaulle Anthonioz éditions Plon).

La noirceur côtoie la lumière

Arrêtée par la Gestapo le 20 juillet 1943, elle est incarcérée à Fresnes pendant 6 longs mois, avant d’être transférée à Compiégne pour un voyage qui la conduira avec mille autres femmes à Ravensbruck. « En entrant dans le camp, c’était comme si Dieu était resté à l’extérieur ». Dans ce contexte, elle acquiert la certitude que bien pire que la mort, c’est la destruction de l’âme qui est le programme de l’univers concentrationnaire. Mais elle dira aussi que dans cette résistance à l’humiliation et pire, à la destruction, elle a rencontré ce qu’il y a de plus beau dans l’homme. Cinquante ans plus tard elle relate cette expérience dans un récit poignant de 80 pages où la noirceur côtoie la lumière, où la fraternité absolue et la solidarité sont des armes de combat contre la barbarie et qui est au delà de l’horreur décrite un témoignage de vie extraordinaire (La traversée de la nuit éditions du Seuil).
À son retour de déportation, elle s’attachera d’abord à travers des associations et aussi grâce a un bulletin « Voix et Visages » à aider ses camarades victimes comme elle de la folie nazi à reprendre une vie normale tout en maintenant l’esprit de lutte et de résistance qui avait été la leur.

Lutter pour la dignité de l’être humain

C’est lors d’un voyage en Suisse où réside son père, qu’elle rencontre Bernard Anthonioz. Unis par leur foi et leur confiance dans la valeur de l’homme, tous deux homme et femme d’action et d’engagement, ils se marient en 1946 et auront quatre enfants. Ils décident de s’investir en politique:  » Bernard et moi avons participé au combat gaulliste, une éthique qui consistait à vouloir que notre pays reste digne de sa mission et de sa vocation ». En 1958, après l’élection de de Gaulle à la présidence de la république, André Malraux dont ils sont très proches leur demandera de les rejoindre au ministère de la Culture.
La même année, elle fait une rencontre qui décidera du reste de sa vie, le père Joseph Wresinski qui a choisi de vivre dans un camp de sans-abris à Noisy Le Grand, un bidonville abritant 260 familles dans des conditions d’extrême précarité. Elle découvre à son tour ce lieu de misère: « Nul doute, l’expression que je lisais sur le visage de ces hommes et de ces femmes était celle que j’avais lue bien longtemps auparavant sur les visages de mes camarades de déportation. Je lisais l’humiliation et le désespoir d’un être humain qui lutte pour conserver sa dignité ». Elle quitte alors le cabinet d’André Malraux pour consacrer sa vie à dénoncer la misère comme étant une violation des droits de l’homme. Elle deviendra presidente d’ATD Quart monde dont elle est membre fondateur, sera reçue à l’Elysée par les différents présidents de la République, au Vatican, et fera voter à l’Assemblée Nationale la loi contre les exclusions. Elle raconte ses quarante ans de combats aux côtés des familles les plus pauvres, dans « Le secret de l’espérance » (paru en livre de poche). Elle décède en 2003.
Foi ,espérance et charité sont sans aucun doute les maîtres mots de l’existence de cette femme discrète qui a néanmoins traversé le vingtième siècle en y laissant une empreinte durable dont beaucoup pourraient s’inspirer aujourd’hui. Les problèmes qu’elle s’est appliqué à résoudre sont en effet toujours d’une brûlante actualité.

Bachi Bouzouk

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